Culture

Ameur-Zaïmeche voit rouge

Avec Dernier maquis, le Franco-Algérien évoque la situation des immigrés engagés dans la lutte des classes. Un troisième film complexe qui confirme son talent.

Par - Renaud de Rochebrune
Mis à jour le 17 novembre 2008 à 09:53

Le cas n’est pas banal : en l’espace de sept ans et de trois films seulement, le cinéaste français d’origine algérienne Rabah Ameur-Zaïmeche, la quarantaine récente, a déjà derrière lui ce qu’on peut appeler une œuvre. Alors que sort le 22 octobre en France Dernier maquis, il est d’ores et déjà considéré par la critique comme un espoir confirmé du cinéma d’auteur, dont on surveille le travail et dont on attend avec intérêt, et même impatience, la dernière réalisation. Car, manifestement, Ameur-Zaïmeche a un univers personnel, des ambitions esthétiques et des choix de mise en scène affirmés ; en un mot, un style qui le distingue. Les sujets et les enjeux de ses films, qui mettent toujours en scène des immigrés, sont pourtant fort différents, a priori, les uns des autres. Wesh Wesh (2001), prix Louis-Delluc en France et grand prix du forum du Festival de Berlin, évoquant les difficultés d’un délinquant cherchant à « refaire sa vie », semblait appartenir au genre film de banlieue, qu’il permettait de renouveler. Bled Number One (2006), en sélection officielle à Cannes, conduisant son héros à traverser la Méditerranée, contraint et forcé par une double peine (prison puis expulsion), traitait de l’exil mais dressait aussi un portrait sans concession de la terre natale de l’auteur, l’Algérie, et plus précisément le pays berbère dans la région de Collo. Un film d’aventures autant qu’une interrogation sur diverses formes de violence. Avec Dernier maquis, retour en France. Pour découvrir la lutte des classes dans l’univers immigré – celui des Noirs et des Maghrébins. Et la difficile cohabitation du social et du religieux dans une entreprise dirigée par un patron énergique, paternaliste et roublard, qui sème la révolte en décidant d’ouvrir une mosquée sur le lieu de travail sans permettre aux fidèles de choisir leur imam. Un film-fable au décor très théâtral : une superbe « montagne » de palettes rouges où évoluent presque en permanence les personnages, tous masculins. Farouchement indépendant. L’unité de l’œuvre du cinéaste est essentiellement assurée par la forte personnalité de Rabah Ameur-Zaïmeche. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait à quel point celui-ci, farouchement indépendant, est omniprésent dans la fabrication de ses longs-métrages, du tout début jusqu’à la fin : auteur, réalisateur, acteur principal, producteur, cet éternel agité à la voix douce et à la sensibilité à fleur de peau entend manifestement tout contrôler. Ce qui lui permet de tourner toujours autour des thèmes qui l’obsèdent : la double culture, la liberté, la résistance, la politique au sens noble du terme. Sans jamais être didactique et sans jamais refuser d’explorer la complexité du réel et des personnages qui l’affrontent. D’où la valeur universelle des scènes qu’il tourne, souvent avec de longs plans-séquences démontrant qu’il fait plus confiance aux images et à l’émotion qu’aux dialogues très policés. Il ne lui manque plus qu’un grand succès populaire, comme celui par exemple qu’a connu récemment Kechiche avec L’Esquive puis La Graine et le Mulet, pour s’imposer définitivement comme un « grand » du septième art. Son cinéma, à la narration moins linéaire que celle privilégiée par le réalisateur d’origine tunisienne, ne lui garantit pas cette consécration pour tout de suite. Mais elle viendra. Si ce n’est pas avec Dernier maquis, ce sera peut-être avec son prochain long-métrage. Il devait s’agir d’une histoire évoquant le régime militaire en Algérie. Mais, dit-il, « je ne me sens pas encore prêt ». Aussi va-t-il sans doute réaliser un film autour du personnage de Mandrin, ce brigand « d’honneur » ­quelque peu libertaire qui, sans surprise, le fascine. Un maquisard radical lui aussi, à sa manière.