Société

Le Niger condamné

Par - Marianne Meunier
Mis à jour le 17 novembre 2008 à 15:35

Hier, Adidjatou Mani Koraou a été humiliée, violée, forcée d’exécuter les travaux les plus pénibles. Aujourd’hui, l’avenir de cette Nigérienne de 24 ans s’éclaire : l’État du Niger doit lui verser, à titre d’indemnisation, 10 millions de F CFA (15 250 euros). Ainsi en a décidé, le 27 octobre, la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Vendue à l’âge de 12 ans pour 240 000 F CFA (366 euros), Adidjatou Mani Koraou a mené une existence d’esclave auprès d’un maître qui en avait fait sa cinquième épouse. Au Niger (comme en Mauritanie), l’esclavage est encore pratiqué, mais criminalisé par la loi. Adidjatou a donc saisi les tribunaux de son pays, mais a été déboutée. Sur les conseils d’une ONG, elle s’est résolue à porter plainte, en septembre 2007, auprès de la Cour de justice de la Cedeao.  Installée en 2001, cette juridiction est composée de sept juges élus pour quatre ans. Elle a d’abord tenu lieu de tribunal administratif et joué le rôle d’arbitre entre les institutions de la Communauté. En 2005, ses compétences ont été élargies aux violations des droits de l’homme. La Cour siège à Abuja, mais est itinérante. En avril, elle s’est ainsi déplacée à Niamey pour le procès intenté par Adidjatou à l’État nigérien. Lequel a été condamné pour n’avoir pas été en mesure de protéger la jeune femme. Au total, la procédure n’aura duré que treize mois. « C’est une juridiction efficace, ses procédures sont simples et ses décisions rapides », estime l’avocat sénégalais Ibrahima Kane.  Les jugements de la Cour sont exécutoires et sans appel. Pour autant, la Gambie n’a toujours pas libéré le journaliste Ebrima Manneh, comme elle a été condamnée à le faire, en juin. Le Niger jure pour sa part qu’Adidjatou recevra ses 10 millions de F CFA. « C’est une décision de justice, elle ne sera pas remise en cause », promet Mohamed Ben Omar, porte-parole du gouvernement.