Politique

Nouvelle équipe, mêmes défis

Le gouvernement Muzito hérite d’un contexte difficile. Respectant le fragile équilibre politique, il devra reprendre le contrôle de l’Est et rassurer des Congolais impatients.

Par - Marianne Meunier, envoyée spéciale
Mis à jour le 17 novembre 2008 à 18:36

L’armée régulière a abandonné Goma face à la rébellion le 29 octobre, les fonctionnaires sont en grève, les investissements étrangers en repli : sinistre comité d’accueil pour les 53 ministres (dont 3 vice-Premiers ministres et 13 vice-ministres) du gouvernement d’Adolphe Muzito. Après quinze jours de tractations, l’équation finale, dévoilée le 26 octobre, respecte les équilibres régionaux et tient compte de la représentation parlementaire des partis de la coalition au pouvoir. L’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) se taille la part du lion, devant le Parti lumumbiste unifié (Palu), dont Adolphe Muzito est issu, et l’Union des démocrates mobutistes (Udemo). À trois ans de la présidentielle, horizon de la vie politique de la République démocratique du Congo, le successeur d’Antoine Gizenga a été chargé de constituer un groupe de choc pour relever trois défis fixés par le président Joseph Kabila : résorber l’insécurité, accélérer la reconstruction des infrastructures, améliorer les conditions de vie. Un travail herculéen à l’heure où l’économie mondiale flanche et la guerre reprend. Pour montrer que la donne sécuritaire va changer, le ministre de la Défense, Chikez Diemu, a été prié de céder son fauteuil (et n’en a pas gagné d’autre) à Charles Mwando Simba. Jusque-là aux Transports, plusieurs fois ministre à l’époque Mobutu, ce natif du Sud-Katanga, âgé de 72 ans, connaît bien l’est du pays pour avoir été gouverneur du Kivu de 1980 à 1987. Autre mouvement sur le front de la sécurité : le départ du général Denis Kalume de l’Intérieur, mais aussi du gouvernement. Proche du chef de l’État, il est remplacé par Célestin Mbuyu Kabangu, jusqu’alors vice-ministre du Budget. « Le départ de Kalume et le choix de son remplaçant sont des surprises », témoigne une source diplomatique. Sanctionné, Denis Kalume ? « Je n’ai aucune indication sur un désaccord avec Joseph Kabila », confie le même interlocuteur. Peut-être le chef de l’État réserve-t-il des jours meilleurs à son fidèle compagnon : un poste à responsabilités dans l’armée ou, pourquoi pas, la direction de son cabinet, désormais vacante puisque son titulaire, Raymond Tshibanda, a hérité du ministère de la Coopération internationale et régionale. Tshibanda sera donc désormais sous la coupe d’Alexis Thambwe Mwamba. Cet ex-membre du Mouvement de libération du Congo (MLC, principal parti d’opposition) entre au gouvernement par la porte des Affaires étrangères. Il remplace à ce poste sensible Antipas Mbusa Nyamwisi, nommé à la Décentralisation. Thambwe Mwamba est « un bon négociateur, mais qui sait rester franc et direct », dit un camarade d’hier. Sur le front de la reconstruction, Pierre Lumbi, aux Infrastructures, est maintenu. En revanche, c’est la valse dans le secteur social, où plusieurs ministères changent de locataires. Au total, une quinzaine de ministres font leur entrée, une dizaine conservent leur maroquin. Parmi eux, les « fortes têtes du gouvernement », selon le mot d’un membre de l’opposition : Olivier Kamitatu, ministre du Plan, André Futa, à l’Économie et José Endundo, à l’Environnement.  Comme pour garantir le nouveau souffle tant attendu, les stratèges de la présidence et de la primature ont parachevé l’édifice avec trois postes de vice-Premier ministre. À chacun, l’un des trois domaines prioritaires : Mutombo Bakafwa Nsenda (Palu) est chargé de la sécurité et de la défense, Émile Bongeli (AMP) de la reconstruction et François-Joseph Mobutu Nzanga (Udemo) des besoins de base. Une architecture qui laisse penser que le gouvernement se divisera en trois grandes commissions, chapeautées chacune par l’un des vice-Premiers ministres. À condition que ces nouveaux postes ne soient pas des coquilles vides. « Cela devrait permettre une meilleure coordination, espère un observateur, avant d’ajouter : nous n’avons plus le temps de faire du Gizenga. »