Politique

Les malheurs
d’un séducteur

Le conseil d’administration a blanchi Dominique Strauss-Kahn de tout soupçon de harcèlement sexuel, favoritisme et abus de pouvoir. Mais les frasques extraconjugales du directeur général finissent par faire désordre. Surtout à Washington !

Par - Alain Faujas
Mis à jour le 18 novembre 2008 à 09:51

Directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn a poussé un gros soupir de soulagement, le 25 octobre, lorsque son conseil d’administration l’a absous du soupçon d’abus de pouvoir dont il se serait rendu coupable dans le cadre d’une liaison amoureuse avec une de ses subordonnées. Depuis que, le 18 octobre, le Wall Street Journal avait révélé à la fois la love affair et l’enquête conduite à son sujet par un cabinet américain indépendant, l’ancien ministre des Finances socialiste, marié à la journaliste Anne Sinclair, était au cœur d’une tornade médiatique. Allait-il devoir démissionner de son poste, comme avant lui (en mai 2007) le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, coupable d’avoir fait profiter sa maîtresse d’une promotion exorbitante au sein de l’institution ? L’intrigue amoureuse entre le directeur général et Piroska Nagy, une cadre hongroise du département Afrique, se noue fin 2007 et s’achève au Forum économique mondial de Davos (Suisse), en janvier suivant. Mais les amants ont trop conversé par SMS : le mari trompé découvre le pot aux roses et veut faire sanctionner DSK tout en s’efforçant de ne pas ébruiter l’affaire.

DE MANIÈRE « APPROPRIÉE » Celle-ci parvient quand même aux oreilles d’Alexis Mojine, le représentant russe au conseil d’administration, qui alerte le doyen égyptien, Shakour Shaalan, et la représentante américaine Meg Lundsager. À leur initiative, le cabinet Morgan, Lewis & Bockius est mandaté, au mois d’août, pour examiner si DSK s’est comporté de manière « appropriée » et s’il n’a pas usé de ses prérogatives pour contraindre Mme Nagy à cette liaison ou pour l’avantager lors de son départ. Car celle-ci a profité du plan social mis en place au FMI pour toucher ses indemnités et rejoindre la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), à Londres. L’enquête se déroule en toute discrétion jusqu’à ce que le Wall Street Journal en révèle l’existence. Complot ? Depuis son installation à la tête du Fonds, le 1er novembre 2007, DSK a en effet fort bien mené sa barque – trop bien, peut-être… Au printemps dernier, il est parvenu à redistribuer 10 % des droits de vote et à tripler les droits de vote de base des pays très pauvres, africains en premier lieu, afin de réduire – un peu – l’hégémonie des pays riches. Dans le cadre du plan de redressement des comptes (100 millions de dollars de pertes, cette année), il a convaincu les Américains de vendre 400 tonnes d’or et mis en place un plan social généreux pour faire partir volontairement 500 salariés sur 2 800. Pis, en pleine tourmente financière, il s’est imposé comme l’un des chefs de file des partisans d’une nouvelle régulation mondiale. Le Russe – qui le déteste – et l’Américaine auraient-ils agi sur ordre pour défendre l’ultralibéralisme et l’opacité si volontiers pratiquée par leurs deux pays ? « Peu vraisemblable, estime un observateur. Si tel avait été le cas, l’affaire serait sortie début octobre, avant l’assemblée d’automne, pour l’empêcher de recevoir des instances dirigeantes du FMI et du G7 la mission de conduire les réformes nécessaires. » L’heureuse fin de l’enquête et la confirmation de DSK à son poste confortent cette analyse. Le rapport du cabinet Morgan, Lewis & Bockius conclut qu’il n’y a eu « ni harcèlement, ni favoritisme, ni abus de pouvoir » de la part du directeur général. En clair, Mme Nagy était consentante, elle a librement choisi de quitter le FMI et elle a touché les indemnités auxquelles elle avait droit, ni plus ni moins. Le 25 octobre, le conseil d’administration a toutefois estimé, à l’unanimité, que cet incident « regrettable » constitue « une grave erreur de jugement ». DSK a quant à lui réitéré ses excuses et promis à l’avenir de « respecter les règles de comportement les plus strictes ».

Love affairs

L’incident est-il clos pour autant ? On n’en jurerait pas. Les médias américains risquent de fouiller dans la vie de cet incorrigible séducteur qu’est DSK et ne devraient avoir aucun mal à y débusquer d’autres love affairs. Mais il est vrai qu’ils ont actuellement d’autres chats à fouetter… La vie affective vagabonde du patron du FMI peut-elle gêner son éventuelle candidature à l’élection présidentielle française de 2012 ? Peut-être, mais ce n’est même pas sûr. Le FMI peut-il pâtir de ce vaudeville au moment où l’Islande, la Hongrie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Pakistan se tournent vers lui pour obtenir des prêts avantageux destinés à stabiliser leur monnaie et à conforter leur système financier ? On voit mal comment les amours, même imprudentes, même adultérines, de DSK pourraient interférer dans les négociations en cours, par définition très techniques, ni même dans la mise en place d’un Bretton Woods bis lors de la réunion du « G 20 », le 15 novembre à Washington. D’autant que Dominique Strauss-Kahn se sait soutenu à la fois par Nicolas Sarkozy et par Gordon Brown, qui aimerait voir le FMI devenir une sorte de Banque centrale planétaire. Et qu’il vient de trouver quelques dizaines de milliards de dollars supplémentaires pour aider les pays mis en difficulté par la crise. Mais tout cela, bien sûr, pourrait être remis en question si une jolie salariée du FMI…