Politique

Pardon
 des offenses

Par - Abdelaziz Barrouhi, à Tunis
Mis à jour le 19 novembre 2008 à 08:06

Depuis plusieurs années, le 7 novembre, jour anniversaire de l’accession au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali, des prisonniers membres de mouvements politiques ou humanitaires sont libérés sur décision du chef de l’État. Chaque fois, cette sorte de grand pardon inclut des cadres ou de simples militants du mouvement islamiste Ennahdha arrêtés en 1990-1991 et condamnés pour complot, l’année suivante, à de lourdes peines d’emprisonnement. Des quelque deux mille personnes arrêtées dans le cadre du démantèlement de l’organisation islamiste, seuls vingt et un dirigeants, condamnés pour la plupart à la réclusion à perpétuité (ou à des peines cumulables allant jusqu’à trente ans), étaient encore détenus. Simple coïncidence, sans doute, pour le 21e anniversaire de son arrivée au pouvoir, Ben Ali leur a accordé une mesure de libération conditionnelle. Parmi eux figure l’émir du mouvement, Sadok Chourou. « C’est une bonne nouvelle », a commenté l’organisation humanitaire Human Rights Watch, qui continue de réclamer une amnistie générale pour toutes les personnes détenues pour activisme non violent. La page de l’affrontement entre les intégristes et le pouvoir n’est cependant pas encore totalement tournée, un millier de militants d’Ennahdha s’étant volontairement exilés à l’étranger, en Europe le plus souvent. Parmi eux, Rached Ghannouchi, le président du mouvement, qui vit au Royaume-Uni. La libération des derniers détenus islamistes annonce-t-elle un retour des exilés au pays ? Rien ne permet de l’affirmer. En tout cas, Ben Ali n’en a pas fait mention dans son discours du 7 novembre. Mais rien n’est impossible, le chef de l’État, qui briguera un cinquième mandat en 2009, ayant récemment multiplié les gestes de clémence. Deux douzaines de détenus dans l’affaire des manifestations dans le bassin minier de Gafsa, au mois d’avril, ont ainsi été élargis au cours de la même semaine. Parmi eux, Zakia Dhifaoui, correspondante à Gafsa de l’hebdomadaire Mouwatinoun, organe du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), un mouvement d’opposition légal.