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Cet article est issu du dossier «Électricité : le paradoxe africain»

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Économie

Desertec, l’utopie verte

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Mohammed VI lance les travaux de la centrale Noor, à Ouarzazate, dans le cadre du Plan solaire marocain (10 mai 2013).

Mohammed VI lance les travaux de la centrale Noor, à Ouarzazate, dans le cadre du Plan solaire marocain (10 mai 2013). © MAP

Instabilité régionale, crise économique européenne, difficultés de la filière : l’ambitieux projet européen cumule les handicaps et peine à faire émerger ses centrales solaires et éoliennes des sables du Sahara. Mais la relève s’organise.

Il fut longtemps surnommé l’« utopie verte ». Et force est de constater que, quatre ans après son lancement, le projet Desertec a du mal à faire mentir sa réputation. Il voit, c’est vrai, les choses en grand et à long terme. Créé en 2009 par la fondation éponyme, le consortium européen Desertec Industrial Initiative (DII) regroupe 57 entreprises et institutions. Son rêve ? Installer 2 GW de centrales solaires et éoliennes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient d’ici à 2050, dont une partie doit être exportée afin de couvrir 15 % des besoins énergétiques européens. Séduisant sur le papier, ce projet pharaonique à horizon lointain se heurte cependant aujourd’hui à de nombreux obstacles sur le terrain. À commencer par le contrecoup de la crise économique en Europe.

En effet, certains pays partenaires, comme l’Espagne et l’Allemagne, affichent désormais d’autres priorités. En plein marasme, Madrid a ainsi dû ajourner, en novembre 2012, sa participation au premier projet de centrale thermosolaire de 150 MW au Maroc, le faisant du coup échouer. Évalué à 600 millions d’euros – sur un total de 400 milliards d’euros pour les ambitions de Desertec -, ce programme n’a pas survécu aux discussions complexes sur le partage des coûts entre les différents pays.

Négociation 

La crise de la filière solaire, en partie due au dumping chinois, pèse également. Fin 2012, le consortium a subi le départ de Siemens et de Bosch, deux poids lourds industriels à l’origine du projet mais qui, compte tenu des pertes essuyées dans cette activité, ont préféré jeter l’éponge. « Ces deux groupes ont considéré que le solaire n’était plus dans leur domaine stratégique », souligne André Merlin, président exécutif de Medgrid.

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Pour l’image du consortium, la nouvelle est difficile à assimiler. Même si, entre-temps, la relève s’est organisée. « Aujourd’hui, DII compte vingt actionnaires et dix-sept partenaires associés. Le fabricant américain de panneaux solaires First Solar (lire p. 80), qui faisait partie de ces derniers, est devenu actionnaire au début de l’année », précise Samyr Mezzour, chef de projet chez BearingPoint, cabinet de conseil partenaire associé de Desertec.

« D’autres groupes ont également fait part de leur volonté de rejoindre le consortium, poursuit-il, par exemple l’entreprise gestionnaire du réseau électrique chinois State Grid Corporation of China (SGCC). Des négociations sont en cours avec des partenaires potentiels, notamment avec un groupe maghrébin. » Les actionnaires de DII devraient se prononcer sur l’entrée d’un nouveau candidat dans les prochaines semaines.

Le théâtre des opérations a aussi été chamboulé par le Printemps arabe. L’instabilité en Tunisie et en Égypte a restreint, au Maroc principalement, le champ des pays réceptifs à la cause défendue par Desertec. Les bailleurs de fonds se sont d’ailleurs largement reportés sur le royaume chérifien. La Banque mondiale soutient activement les plans solaire et éolien marocains initiés par Mohammed VI en 2010. Ces derniers visent l’installation de 4 GW de capacités de production électrique d’ici à 2020, réparties de façon égale entre les technologies éolienne et solaire, pour un investissement total de plus de 100 milliards de dirhams (près de 9 milliards d’euros).

Transition

C’est dans ce cadre qu’ont été lancés début mai les travaux de la centrale solaire marocaine de Ouarzazate, qui produira, dans un premier temps, jusqu’à 160 MW d’électricité par an. « Le saoudien Acwa Power, l’espagnol Abengoa et l’italien Enel, trois entreprises partenaires de DII, ont été finalistes pour cet appel d’offres, rappelle Samyr Mezzour. Ce qui prouve bien que les entreprises faisant partie de DII sont fortement engagées dans la transition énergétique en cours dans la région Mena [Afrique du Nord et Moyen-Orient], qui offre de réelles opportunités d’affaires. »

DII n’est pas pour autant un développeur de projet – au Maroc, cette tâche revient au pays, plus particulièrement à l’Agence marocaine pour l’énergie solaire (Masen) – mais un « facilitateur » dans la région Union européenne-Mena. Le consortium fait office de bureau d’études, qui évalue la faisabilité d’une transition énergétique dans la région et propose des moyens. Son budget est de 4 à 5 millions d’euros par an.

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Horizon 

Au-delà du Maroc, le consortium est également actif en Algérie. Des discussions sont menées avec le ministère de l’Énergie et des Mines en vue d’accélérer la mise en oeuvre du programme national de développement des énergies renouvelables. Adopté en 2011, ce dernier envisage de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans le bilan électrique à l’horizon 2030, via l’installation d’une capacité totale de 22 GW, dont 10 GW seraient dévolus à l’export.

Le consortium s’intéresse également de près aux ambitions de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. « Dans celui d’Abou Dhabi, c’est également un groupe d’entreprises composé notamment d’Abengoa, Schott et Flabeg, toutes trois partenaires de DII, qui a été retenu pour Shams 1, l’une des plus grandes centrales solaires du monde (100 MW) », se félicite le chef de projet. À ce stade, le Moyen-Orient apparaît comme un horizon plus prometteur que l’Afrique du Nord. Car les ambitions affichées par les programmes nationaux des pays maghrébins sont loin des 125 GW prévus par le consortium pour 2050.

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