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Cet article est issu du dossier «Le Bas-Congo, province pionnière»

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Industrie

Une force tranquille

Le Bas-Congo est une province toute stratégique pour le pays. Ouverte sur l’océan, elle a su développer une économie diversifiée. Que les nouvelles autorités territoriales comptent bien valoriser.

La route nationale 1, qui traverse le sud du Bas-Congo, se déroule dans un paysage de collines verdoyantes, où les arbres se font parfois rares. Impossible de voir le fleuve Congo. On ne le découvrira qu’à Matadi. Mais, de temps à autre, on aperçoit la ligne de chemin de fer et quelques gares, comme celles de Kasangulu, de Mbanza-Ngungu ou de Kwilu-Ngongo. Depuis la capitale du pays, Kinshasa, on atteint Matadi, le chef-lieu du Bas-Congo, en moins de cinq heures. Puis, par le pont Matadi, on peut alors passer sur la rive droite du fleuve et rejoindre, à 120 km de là, un autre grand port, celui de Boma. Quant aux derniers 120 km qui séparent Boma de Moanda et de sa plage, sur l’Atlantique, ils sont plus longs à parcourir, car la route est peu praticable, surtout pendant la saison des pluies.

 

Un caractère bien trempé

Avec ses 53 920 km2, formant un étroit couloir de quelque 40 km de large, le Bas-Congo est la plus petite province de la République démocratique du Congo – après la capitale du pays, Kinshasa, qui a le statut de province. C’est cependant une région bien stratégique. Elle est la seule à avoir un accès à la mer et à être reliée à la capitale à la fois par la route, par le chemin de fer (voir p. 74) et par une liaison aérienne. Un autre de ses atouts est le fleuve Congo, son épine dorsale, dont les rapides ont permis la construction du complexe hydro­électrique d’Inga (voir p. 79). Le Bas-Congo compte trois districts (le Bas-Fleuve, les Cataractes et la Lukaya) et deux villes principales (Matadi et Boma). Petit par la taille, il l’est aussi par sa population : 3 millions d’âmes – pour un pays de 66 millions d’habitants –, en majorité concentrées dans les centres urbains et le long de la nationale.

Depuis l’indépendance, en 1960, la province fut plusieurs fois baptisée et rebaptisée. Congo central en 1963, elle devient Bas-Zaïre en 1971, puis Bas-Congo en 1997. Le référendum du 18 décembre 2005 a approuvé son changement de nom en « Kongo central » dans le cadre de la réforme des institutions et du nouveau découpage territorial de la République issu de la Constitution de 2006, qui laisse à la province l’intégralité de son territoire, « parce qu’elle est la seule […] à avoir une unité linguistique. Contrairement au reste du pays, nous n’avons qu’une langue ici, le kikongo », explique un Kongo… Et ce dernier d’enchaîner en déplorant l’envahissement croissant du lingala (langue nationale la plus parlée dans le pays) et le recul des traditions dans la province.

Formée en majorité de Kongos (ou Bakongo, voir pp. 64-65), la population provinciale compte aussi des ressortissants d’autres régions. Une présence qui irrite certains Kongos. « Mieux vaut être étranger que Congolais d’une autre province pour être accepté ici », assure un Katangais installé à Kwilu-Ngongo et qui se souvient des exactions du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (BDK) ces dernières années.

Alors, peut-on dire des Kongos qu’ils sont repliés sur eux-mêmes ? Ces derniers s’en défendent. « Nous sommes très hospitaliers. L’épisode BDK est fini. Au début nous l’avons suivi, car il défendait nos problèmes. Mais il a dérapé par la suite. La population en avait marre. » Mais si le calme est revenu, le mouvement a gardé des adeptes. Quant à être sécessionnistes dans l’âme, jamais ! « D’autres ­provinces se sont distinguées sur ce plan dans le passé. Pas nous. » On reconnaît en tout cas à travers tout le pays « l’ardeur au travail et l’honnêteté des Kongos. On les embauche volontiers comme caissiers ou trésoriers, car on peut leur faire confiance », explique un Kinois.

 

De grands marchés à portée de main

Assez diversifiée, l’économie provinciale repose sur l’agriculture, l’agro-industrie, le pétrole, la production d’énergie et le secteur tertiaire, en particulier dans les activités liées au transport maritime (voir pp. 78-79). Toutefois, elle ne tire pas pleinement profit de son potentiel. En cause, le manque d’électricité, de voies de communication, la vétusté des installations portuaires et du chemin de fer. Sans compter la difficile navigation sur le bief entre Matadi et le petit port de Banana, le fleuve étant insuffisamment dragué. En cause aussi, le déclin de la production universitaire et le déficit en techniciens supérieurs. Car le Bas-Congo, qui a donné par le passé nombre d’intellectuels et de techniciens grâce à son réseau étoffé d’instituts et d’universités, n’est plus ce qu’il était.

La décentralisation issue de la Constitution de 2006 peut apporter des correctifs à ces déficits. Elle constitue en tout cas une opportunité pour les investisseurs, du fait de la proximité qu’elle instaure entre opérateurs économiques et décideurs politiques. « Les décisions se prennent localement et nous sommes mieux écoutés, souligne un chef d’entreprise. Il faut cependant mettre en place une politique d’aménagement du territoire et définir des zones d’intérêt économique en fonction des potentialités de chaque district. » Reste à résoudre la question des finances provinciales. Tous attendent avec impatience le vote de la loi financière qui permettra de connaître le sort des recettes nationales destinées aux provinces (voir pp. 73-74). Et de lever de nouvelles taxes.

Sur le plan économique, l’accent est mis sur le renforcement des activités existantes, mais aussi sur le développement des mines, celui des industries de transformation (notamment liées aux activités extractives et agricoles) et sur le tourisme. Et, pour attirer les investisseurs, le gouverneur Simon Mbatshi Batshia (voir interview pp. 73-74), ne manque pas d’arguments : « Nous avons beaucoup de ressources inexploitées et quatre marchés – le Bas-Congo, Kinshasa, l’Angola et le Congo-Brazzaville – sur lesquels toute notre production locale peut être écoulée », souligne-t-il.

Ces marchés sont accessibles par la route, le fleuve ou la mer : au nord, le Congo-Brazzaville est à deux pas et, quand on glisse sur le fleuve, en aval de Matadi, l’Angola est à portée de main sur la rive gauche. Sans compter que sa riche province pétrolière du Cabinda est enclavée entre le district du Bas-Fleuve et le Congo-Brazzaville (voir carte ci-dessus).

À cet égard, si l’Angola réalise son projet de relier sa province du Zaïre à celle de Cabinda par un pont et une autoroute, voire par un seul pont (un investissement de 2 à 3 milliards de dollars, selon les options), les échanges entre les pays s’en trouveront renforcés. Une aubaine pour le Bas-Congo, qui a bien besoin d’investisseurs pour créer des emplois et améliorer le niveau de vie de sa population.

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