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Cet article est issu du dossier «Le Bas-Congo, province pionnière»

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Religion

Au cœur du messianisme

Au temps du royaume de Kongo, la religion devint un moyen, plus ou moins efficace, de régler des questions d’ordre politique. Depuis, ici, elle n’a jamais quitté l’espace public.

Le Bas-Congo se distingue pour avoir vu naître et se développer, au cours des siècles, différents mouvements messianiques. Si la plupart d’entre eux ont fait long feu, ils restent, dans la conscience collective kongo, la preuve d’une vitalité religieuse à nulle autre pareille. C’est aussi l’illustration de la manière dont les Africains se sont approprié le message de l’Évangile, au point de le fondre, dans la pratique, dans le moule culturel traditionnel, provoquant l’ire des missionnaires européens et autres autorités coloniales.

L’une des premières manifestations connues de l’apprivoisement du christianisme remonte au XVIIIe siècle, à travers la secte dite des Antoniens, par référence à saint Antoine de Padoue, franciscain portugais (1195-1231).

De cette mouvance surgit une figure, celle d’Appolonia Mafuta qui, en 1704, affirme avoir reçu la visite de la Vierge Marie lui demandant de mettre en garde ceux de ses compatriotes qui refusent de prendre le chemin de São Salvador, la capitale. Pour prouver que son message est de source divine, elle montre aux incrédules une pierre sur laquelle est gravé le visage de Jésus. Connue pour avoir brûlé fétiches, amulettes et autres objets considérés comme païens, Appolonia Mafuta aurait aussi opéré plusieurs miracles. À la même époque, une autre femme se fait remarquer : Kimpa Vita, alias Ndona Béatrice. Elle se dit dotée de pouvoirs de guérison, morte et ressuscitée, et se donne une mission beaucoup plus politique : réunir le peuple kongo, selon les recommandations de saint Antoine de Padoue. Elle devient vite populaire. Mais le fait d’avoir enfanté va lui être fatal. Pour les missionnaires européens, sans doute jaloux de son influence, l’action de Ndona Béatrice n’est qu’imposture. Et elle périt sur un bûcher le 2 juillet 1706.

 

L’empreinte du prophète

La plus grande figure du messianisme en pays kongo est sans conteste Simon Kimbangu. Né en 1889, cet ancien boy devenu catéchiste voit sa vie changer en mars 1921. Il fait un rêve pendant lequel un étranger lui apporte une bible, afin qu’il la lise et puisse prêcher ; il lui demande en plus d’aller prier pour un enfant malade dans un village voisin et de le guérir. Simon Kimbangu applique à la lettre ce que lui avait demandé l’étranger dans son sommeil et voit sa vision se réaliser. Il devient alors un autre homme. Allant de village en village, il prêche, guérit les malades, pousse à la destruction des fétiches, condamne la polygamie. Deux mois après le début de sa prédication, des milliers de personnes affluent vers Nkamba, son village natal. Les malades quittent les hôpitaux pour être guéris par lui.

La population lui obéit alors qu’elle n’écoute plus les autorités coloniales. Son ascension et son audience extraordinaires provoquent l’indignation du clergé belge, qui réclame son arrestation. Un mandat d’arrêt est lancé contre Kimbangu, qui entre alors dans la clandestinité. Chaque fois qu’il le peut, il annonce le retour de Jésus et la fin du pouvoir des Blancs sur les Noirs. Il prône même une forme de désobéissance civile.

Après s’être rendu aux autorités belges en septembre 1921, il sera jugé et condamné à mort. Mais sa peine sera commuée en prison à vie. Transféré dans une prison d’Élisabethville (Lubumbashi), au Katanga, le prophète du Bas-Congo meurt trente ans plus tard. Ses idées survivent et donnent naissance à l’Église de Jésus-Christ sur la terre par le prophète Simon Kimbangu, autrement appelée kimbanguisme.

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