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L’archevêché va-t-il faire faillite ?

Endettement colossal, investissements hasardeux, salaires impayés, gestion contestée… Mgr Victor Tonye Bakot n’a pas réussi à assainir les finances du diocèse de Yaoundé.

Avec un endettement de quelque 6 milliards de F CFA, la situation financière de l’archidiocèse de Yaoundé est devenue critique. Chaque mois, l’arche­vêque, Mgr Victor Tonye Bakot, doit en effet mobiliser quelque 300 millions de F CFA pour honorer ses dettes. Nommé à cette fonction en 2003 pour succéder à André Wouking, décédé un an plus tôt, Mgr Bakot, 54 ans, avait été chargé par le Vatican, déjà inquiet de la mauvaise gestion de l’archidiocèse, de redresser les finances. À cette époque, le déficit était alors de 3 milliards de F CFA. Malgré des efforts et une profonde restructuration, l’archevêque n’est parvenu qu’à creuser le trou.

Les tensions de trésorerie sont telles que, à la fin de 2007, la présidence de la République a dû intervenir directement pour demander l’annulation d’une dette de 500 millions de F CFA contractée par l’archidiocèse auprès de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Malgré ce coup de pouce, les ­finances de la communauté religieuse sont loin d’avoir été assainies. L’archevêché a dû se résoudre à la mise sous hypothèque de certains de ses biens immobiliers les plus prestigieux. Un habitué des couloirs de la procure, la trésorerie de l’archidiocèse, évalue les biens mis en gage à environ 1,5 milliard de F CFA.

Les premières victimes de cet ­énorme endettement ne sont pas les créanciers mais les employés de l’archidiocèse. Certains chantiers ont dû être interrompus, et les salaires ­tardent souvent à être payés. C’est ainsi que, au mois d’août dernier, les travaux de construction de deux clochers à la cathédrale Notre-Dame-des-Victoires, évalués à 191 millions de F CFA, ont été suspendus. De même, certains enseignants, du primaire notamment, connaissent à ce jour deux voire trois mois d’arriérés de salaire.

 

Le denier du culte en hausse

Les principaux établissements scolaires gérés par l’Église avaient été contraints, à la demande de Mgr Bakot, de centraliser leurs ­recettes à la procure. Résultat : leur argent a été affecté à d’autres ­dépenses. Du coup, ces institutions se sont vu imputer par les services financiers de l’archidiocèse un « trou » de 500 millions de F CFA.

Pris de panique et pressé par le Vatican, l’archevêque de Yaoundé a pourtant essayé de redresser la barre. En octobre 2003, au lendemain de sa prise de fonctions dans la capitale, Mgr Bakot annonçait la mise sur pied d’un plan stratégique d’assainissement des finances. Toutes les recettes et les ­dépenses ont alors été centralisées, des efforts ont été déployés pour tenter de diminuer les ­charges et d’augmenter autant que possible les recettes.

Le Conseil diocésain pour les affaires économiques et financières a été restreint dans ses attributions, et ses avis souvent ignorés. Les catholiques des zones urbaines ont vu leur contribution au denier du culte passer de 6 000 à 12 000 F CFA, tandis que ceux des campagnes paient désormais 6 000 au lieu de 3 000 F CFA. Les frais de mariage, de baptême et des autres sacrements ont été aussi considérablement revus à la hausse. Mais ces mesures n’ont pas été suffisantes.

En 2005, l’archevêque a sollicité les conseils de Cenainvest, une société financière camerounaise, qui lui réclame à ce jour 30 millions de F CFA d’honoraires. Avec celle-ci, il a signé une convention d’assistance technique à travers laquelle l’établissement lui fournit son expertise jusqu’en 2009 pour gérer la trésorerie de l’Église. Plusieurs structures économiques, directement rattachées à l’archidiocèse, sont créées : la GPCO, qui a pour vocation d’investir dans le transport des produits pétroliers, la Cocamine pour l’exploitation des carrières, le Cexa (billetterie et agence de ­voyages), Ken Atlantic pour la confection, ainsi que quelques autres.

L’archidiocèse de Yaoundé multiplie les activités à but lucratif, s’étend comme une multinationale, faisant du prélat un véritable entrepreneur. Mais deux problèmes vont se poser : d’une part, les fidèles s’estiment insuffisamment informés de ces investissements ; d’autre part, les projets soutenus par l’archidiocèse vont vite se révéler peu rentables. Ils n’ont finalement fait qu’engloutir à nouveau l’argent emprunté aux banques. La situation financière continue de se dégrader. La banqueroute est proche.

 

Climat de défiance

De plus en plus de voix ­s’élèvent pour critiquer les choix et les ­méthodes de Mgr Bakot. On lui ­reproche en effet de ne pas suffisamment écouter ses collaborateurs et ses ouailles, de s’entourer majoritairement de laïcs, « souvent issus de sa tribu », dénonce même un prêtre. Par ailleurs, certains ne comprennent pas que, pour faire face à l’endettement, il ait pris la décision, le 5 février 2008, de faire payer un loyer aux principaux établissements secondaires de la ville, une décision inédite.

L’archevêque a beau expliquer avoir pour but la remise en état de la trésorerie, la contestation continue d’enfler. Son plan stratégique de redressement financier est tourné en dérision. La Conférence épiscopale nationale ainsi que six autres évêchés camerounais lui réclament plusieurs dizaines de millions de F CFA de créances diverses. Les religieux expatriés sont à la tête de cette contestation. Selon un abbé, « ils ne participent plus aux activités de l’archidiocèse et retirent progressivement, quand c’est possible, leurs avoirs des caisses de la pro­cure ». La centralisation, au niveau de la seule procure, de tous les fonds jadis gérés localement par chaque paroisse est également très critiquée. Les dernières mesures, prises à la fin du mois d’août, sur la redéfinition des fonctions de ses collaborateurs et les nouvelles nominations, ont encore ajouté à la défiance qui entoure désormais l’archevêque. 

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