Politique

Rama Yade, la femme qui dit non

Par - Serge Faubert
Mis à jour le 16 décembre 2008 à 12:46

En quelques heures, elle est passée du rang d’égérie à celui de paria. Déjà, on la donne partante du gouvernement, ce qui n’est pas acquis. Si certains avaient cru que Rama Yade se contenterait de jouer les cautions de service, ils se sont trompés. La secrétaire d’État aux Droits de l’homme entend exister hors de l’onction présidentielle. Elle le sait, en politique, il n’existe d’autre légitimité que celle conférée par les urnes, dans un scrutin national. Voilà pourquoi elle a refusé de conduire la liste de l’UMP en Île-de-France aux élections européennes de juin 2009. Quitte à ce que Nicolas Sarkozy, irrité par ce refus, la prive du portefeuille de secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, rendu vacant par le départ de Jean-Pierre Jouyet.

Mais l’intransigeante secrétaire d’État ne veut pas s’exiler dans un Parlement où sa voix ne parviendra qu’assourdie en France. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire…

Si Rama Yade s’est engagée à droite, c’est parce qu’elle reprochait à la gauche d’avoir un double langage. Elle serait malvenue de céder à son tour à ce travers.

Il est piquant, d’ailleurs, de constater que les fronts se sont renversés. Elle, la femme de droite, rappelait à Kadhafi, il y a un an, que « [la France] n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang de ses forfaits. » Aujourd’hui, Bernard Kouchner, pourtant venu de la gauche, se plaît à affirmer qu’il y a « une contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un État, même en France ».

Il n’est pas sûr que, sur le long terme, cette obstination desserve Rama Yade. À Colombes, où elle est le chef de file de l’opposition municipale, cette prise de distance avec la realpolitik peut séduire au-delà de sa famille politique. Et lui ouvrir bien des perspectives électorales.

Nicolas Sarkozy, s’il peut éprouver aujourd’hui quelque déception à voir sa protégée lui échapper, ne s’est pas trompé en l’appelant à ses côtés : la politique française devra demain compter avec Rama Yade.