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Leçons malaisiennes

Par - Samir Gharbi, envoyé spécial
Mis à jour le 17 décembre 2008 à 15:59

Malaisie, novembre 2008. Invités par le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), à Putrajaya, la nouvelle capitale politique de la Malaisie, deux cents délégués venus du monde entier s’attellent à la création d’un organisme intergouvernemental scientifique et politique qui aura la charge de veiller à la bonne santé de nos systèmes écologiques. Pour l’Afrique, fortement représentée, les enjeux sont de taille : il y va de la sauvegarde de ses forêts, de ses rivières et de ses innombrables parcs naturels. De l’Algérie à l’Afrique du Sud, du Togo au Kenya, en passant par le Gabon, le Cameroun, la Centrafrique ou la RD Congo – qui détient le deuxième patrimoine écologique mondial après le Brésil –, les pays africains ont tout à gagner dans ce projet dédié à la protection de la faune et de la flore.

La Malaisie est à peine plus peuplée que le Ghana, mais son économie est dix fois plus puissante. En 1960, elle pesait le même poids que le Maroc ; aujourd’hui, elle produit trois fois plus… En un quart de siècle, le pays a pris un essor incontestable qui devra le hisser, en 2020, au rang des « pays développés ». Un objectif qui n’a rien de démagogique car les Malaisiens ont réellement les pieds sur terre, en politique comme en économie.

 

Vivant une expérience démocratique intense, la Malaisie est pourtant dirigée par le même parti depuis l’indépendance, en 1957 : l’Organisation nationale malaise unie (Umno), laquelle n’a rien à voir avec les ex-partis uniques africains. Tous les postes clés au sein du parti sont soumis à des élections. La contestation est de mise et touche, en premier lieu, le Premier ministre lui-même, Abdallah Ahmad Badawi. Première leçon de démocratie : les membres de son propre parti l’obligent à céder les rênes du pouvoir à son adjoint après un succès mitigé aux élections générales de mars 2008. Il a d’ailleurs annoncé sa démission pour 2010, deux ans avant terme. En Afrique, le même que lui aurait tout fait pour s’accrocher à son fauteuil.

Deuxième leçon : la coexistence ethnique dont la Malaisie est un modèle. Les musulmans dominent avec 65 % de la population (l’islam est la religion officielle), devant les bouddhistes (d’origine chinoise, 25 %) et les hindouistes (d’origine indienne, 10 %). Et les trois communautés, qui ont su tourner la page des brèves émeutes raciales de 1969, travaillent main dans la main.

Troisième leçon : la tolérance. Ici, toutes les femmes musulmanes – ou presque – se distinguent par le port du tudung. Ce foulard porté en public couvre les cheveux et le cou, mais pas le visage. Surtout, il n’interdit pas aux femmes de serrer la main aux hommes et d’occuper n’importe quel poste au sein de l’administration, de la police et des douanes.

Quatrième leçon : la rigueur. Les Malaisiens sont sérieux et efficaces dans leur travail. Ils ont bâti leur pays de leurs propres mains, sans aide extérieure. La compagnie pétrolière nationale – Petronas – a construit deux tours gigantesques, qui font la fierté du pays et servent d’attraction pour les touristes. Un exemple qui devrait faire rougir nos grandes compagnies pétrolières ou minières…

Quant à la capitale, Kuala Lumpur, distante de 25 kilomètres de Putrajaya, elle demeure le centre des affaires, du grand commerce, des grands hôtels et des quartiers populaires chinois, indiens ou malais. La qualité de ses transports en commun, la propreté de ses rues et de ses immeubles, la courtoisie des policiers y sont remarquables. Aucun affichage à caractère politique. Pas de portraits du sultan ni du Premier ministre. Et, bien sûr, la presse parle ouvertement de tout : corruption, procès en cours, insécurité… Un exemple pour nous, Africains ?