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Hommage à Georges Adda

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Mis à jour le 17 décembre 2008 à 16:10

En apprenant le décès de Georges Adda (le 28 septembre 2008, voir J.A. n° 2491), j’ai éprouvé les mêmes sentiments que le jour de la disparition de mon père : je me suis senti à nouveau orphelin. Même si nos discussions tournaient souvent à la controverse.

Trois sujets étaient au centre de nos désaccords : la question juive, le problème israélo-palestinien et la nature du régime tunisien.

L’instrumentalisation de la question juive par les sionistes et par l’État d’Israël horripilait Georges, qui allait même jusqu’à nier l’identité juive. En disant qu’il était « un Berbère enjuivé », il souhaitait voir ses concitoyens répondre qu’eux aussi étaient des Berbères arabisés ou islamisés. Ses tendances à minimiser la judéophobie de ses compatriotes et à stigmatiser le racisme des juifs (qu’il jugeait responsable du départ massif des israélites et des réactions racistes dont ils sont la cible), procédaient de la même démarche : il espérait voir ses compatriotes arabo-musulmans dénoncer la judéophobie.

Concernant le régime tunisien, Georges pensait que l’extrême gauche exagérait en le qualifiant de fascisme ou même de dictature. Pour lui, le régime était à l’origine d’acquis modernistes et progressistes antinomiques avec une telle caractérisation.

Communiste, Georges n’a jamais caché son admiration pour Habib Bourguiba, dont il était le compagnon de prison dans les années 1930. Il aimait rappeler le courage de Bourguiba tenant tête aux théologiens lors des débats législatifs de 1956-1957. Selon le témoignage de Georges, à un cheikh s’indignant ainsi : « La liberté de conscience et d’expression, Monsieur le Président, veut dire qu’un athée a le droit de dire que Dieu n’existe pas », Bourguiba était le seul à avoir le courage de rétorquer : « Et pourquoi ne le dirait-il pas s’il le croit ? »

Avec la disparition de Georges Adda, la gauche, les forces démocratiques et la Tunisie ont perdu l’un des symboles de la résistance à la régression qui s’instaure aujourd’hui sous couvert de « réconciliation du pays avec son identité arabo-musulmane ».

Chérif Ferjani, politologue, université de Lyon 2, France