Politique

Six pays au crible

Dix-neuf classements – généraux, économiques et sociaux – pour se faire une meilleure idée des avancées, ou des retards, des pays nord-africains en 2008.

Par - Samir Gharbi
Mis à jour le 18 décembre 2008 à 16:24

Le classement des pays est devenu un vrai « business ». Les institutions qui les élaborent, toutes non gouvernementales, rivalisent d’ingéniosité pour capter l’attention de l’opinion publique, des hommes d’affaires et des leaders politiques. Les « bons » et les « mauvais » élèves sont répertoriés, notés et triés par des « experts anonymes » dits indépendants et des enquêtes ou sondages dits représentatifs. Nous avons sélectionné 19 classements – sur une trentaine possibles – pour tenter de mesurer les avancées des 6 pays de l’Afrique du Nord – Algérie, Égypte, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie – dans différents domaines.

Les rivalités historiques et politiques entre lesdits pays sont tellement vivaces qu’elles les empêchent de former une organisation de coopération régionale digne de ce nom, à l’instar de l’Union européenne (UE) ou même du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Chacun des 6 pays veut tirer son épingle du jeu en faisant cavalier seul…

Les 19 classements que nous vous proposons vous aideront à y voir un peu plus clair. Dans le détail, chaque infographie apporte un éclairage significatif. La Mauritanie, malgré ses coups d’État à répétition, est distinguée par The Economist, groupe de presse britannique, qui la classe en tête en matière de démocratie. Elle est créditée de la meilleure note (3,91 sur 10) grâce à la liberté dont jouissent les partis politiques, les médias et la société civile. Ce score la situe cependant au 118e rang du classement mondial (167 pays), dominé par les pays européens nordiques, la Suède en particulier. Cette « spécificité » mauritanienne est confirmée par Reporters sans frontières dans son classement sur la liberté de la presse dans le monde.

Bonne dernière en termes de démocratie et de respect des droits de l’homme, la Libye affiche le meilleur indice de développement humain, selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), et peut se targuer d’excellents résultats sur le plan de l’alphabétisation. Vérification faite, cet indice composite fait la part trop belle au produit intérieur brut (PIB). Faiblement peuplé et riche en pétrole, le pays de Mouammar Kadhafi arrive donc logiquement en tête. Mais il occupe la dernière position dans la plupart des autres classements généraux, où la performance et la qualité des critères sont mieux pondérées.

 

Manne pétrolière

La Tunisie arrive en tête dans 8 classements sur 19 grâce à ses performances économiques (une croissance moyenne de 4,8 % par an sur dix ans), technologiques (le meilleur degré de préparation aux innovations, selon le Forum de Davos) et sociales (égalité homme-femme, maîtrise démographique). L’Égypte, qui est la puissance économique régionale, domine par sa population (48 % du total de la région) et son PIB (42 %). C’est elle qui, sur la durée, attire le plus d’investissements étrangers (51 milliards de dollars à la fin de 2007, 39 %), selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Deuxième puissance économique, l’Algérie est souvent classée au troisième ou quatrième rang (13 fois sur 19) de par son niveau social et sa compé­titivité. Ses deux premières places, elle les doit à la manne pétrolière et gazière, qui assure 99 % de ses exportations et lui permet d’accumuler 115 milliards de dollars de réserves en devises à la fin de 2007, de quoi financer ­quarante-sept mois d’importations, un record mondial  !

Le Maroc, qui n’arrive premier dans aucun des classements, est probablement pénalisé par les handicaps sociaux et politiques hérités du passé. Son rang actuel ne reflète pas (encore) le dynamisme extraordinaire de ses entrepreneurs et de ses banquiers ni la liberté de ses journalistes et la volonté d’émancipation des Marocaines.