Culture

24: Jack Bauer s’embarque pour l’Afrique

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Jack is back. Après plusieurs années d’anticipation éclairée, les scénaristes de « 24 » (« 24 heures » chrono, dans la version française) tombent dans le cliché et la caricature. Exit le président noir exempt de toute critique, place aux terroristes africains génocidaires à leurs heures perdues.

Les auteurs de « 24 heures chrono », la série américaine à succès bientôt de retour sur les écrans français, nous avaient habitués à mieux. Dès les premiers épisodes diffusés en 2001, ils avaient imaginé, en visionnaires, un président des Etats-Unis noir et démocrate. Jusqu’à son assassinat dans la saison 5, le personnage du président Palmer est d’ailleurs demeuré l’un des piliers de la série, un défenseur sans faille de la démocratie. Une incarnation de l’American Dream pur jus, en tant que premier afro-américain à remporter la Maison-Blanche. Et puis –bien des années plus tard– il y eut Barack Obama. Et l’on se prit à croire que « 24 » n’aurait de cesse de prospérer dans cette veine.

Fausse route. On retrouve, après plus d’un an d’absence de l’infatigable Jack Bauer, un script à des lieues de nos attentes, qui jongle entre clichés et facilité. Cette fois, la menace est africaine. Soit. Mais si les scénaristes se sont lassés des islamistes poseurs de bombes et des mafieux russes, c’est pour mieux verser dans la caricature avec des personnages sans concession, sortis de leur contexte et donc forcément dépeints sans nuance.

Des débuts pourtant prometteurs

Grève des scénaristes et coupes dans le budget obligent, la saison 7 –le Day-7 dans la vie de Jack– s’était fait désirer, augurant pour nous du meilleur. Pour contenter les fans en manque, la Fox avait concocté en 2008 un programme spécial de deux heures, diffusé le 23 novembre dernier sur sa chaîne. Un long-métrage, « 24: Rédemption », censé établir un lien entre les saisons 6 et 7 de la série, séparées dans le scénario par les 4 années de traversée du désert de Jack Bauer.

Pour comprendre la teneur de la nouvelle saison de « 24 heures chrono », il faut donc se replonger un instant dans « Rédemption », dont l’intrigue prend corps, une fois n’est pas coutume, en Afrique de l’Ouest. On découvre Jack au Sangala, un pays fictif et avatar à peine voilé d’un Rwanda de 1994 mâtiné de Sierra Leone. Un général véreux, Benjamin Juma, a entrepris de débarrasser son pays des traîtres et autres « cafards » au pouvoir. Il s’appuie sur le colonel Ike Dubaku, chargé de convertir les garçons des villages en enfants soldats armés de machettes. Mais c’est compter sans Jack Bauer. Dans une course-poursuite infernale aux forts accents d’ « Hôtel Rwanda », il parvient à sauver les élèves des griffes des mercenaires et à les emmener à l’ambassade des Etats-Unis. Pendant ce temps à la Maison-Blanche, la nouvelle présidente est investie (Hillary Clinton en a rêvé, « 24 » l’a fait) et commence à s’intéresser de près au sort de ce pays en proie à un génocide, et dont le reste du monde n’a cure, faute d’intérêts économiques.

Manichéen

Voilà pour la trame de la saison 7, qui se calque sur ce « prequel » introductif (un « antépisode »). On l’aura compris, cette fois-ci les méchants, ce sont les terroristes africains. Dans un mouvement de balancier, les créateurs de la série sont passés de la vision positive et novatrice du Noir à un amoncellement de clichés, ici des chefs de guerre sanguinaires dévorés par le pouvoir. Juma a infiltré des taupes au sein du gouvernement américain. Lui et ses acolytes sont à présent en mesure de contrôler l’espace aérien des Etats-Unis et de contaminer les réseaux d’eau. Jack Bauer et la Cellule anti-terroriste (CUT) vont devoir sauver, une fois de plus, le Monde libre menacé par les terroristes étrangers.

On regrette que l’action, qui devait initialement se dérouler pour une bonne part en Afrique, se cantonne finalement à l’enceinte aseptisée de Washington DC, faute de budget. Puisque le film « 24 : Rédemption » a été tourné au Cap, en Afrique du Sud, il aurait été judicieux de suivre l’évolution des protagonistes sur le continent africain. Dans « Rédemption », les thèmes des enfants-soldats, des régimes militaires corrompus et des affrontements ethniques prenaient tout leur sens et étaient servis par une interprétation juste et éminemment poignante. La gamme élargie des personnages africains, les bons et les mauvais, les humanistes et les tortionnaires, laisse malheureusement la place, dans la saison 7, à un enchaînement de situations américano-américaines, pourtant étroitement liées aux desseins du général africain, mais cependant traitées à des lieues de là.

En cause donc, le manque de budget à Hollywood. Résultat : point de subtilité et une vision on ne peut plus manichéenne du monde, alors-même que les ingrédients avaient de quoi créer une saison réaliste et haletante. Dommage.

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