Société

La justice française crée une « cellule de veille des actes anti-musulmans »

Mis à jour le 17 juin 2009 à 13:35

Le procureur général de Lyon a mis en place début juin une « cellule de veille des actes anti-musulmans ». La structure se veut l’équivalent d’une cellule contre l’antisémitisme créée en 2004 par la même autorité judiciaire.

Combattre tous les racismes. C’est ce mot d’ordre qui a présidé à la création de la cellule de veille des actes anti-musulmans, le 4 juin, dans la région Rhônes-Alpes (sud de la France). La structure, qui opère dans les départements du Rhône, de l’Ain et de la Loire, sera chargée de recenser les manifestations hostiles visant les fidèles de l’islam ou les lieux réservés au culte musulman.

Un travail qui devrait impliquer d’autres associations. « Nous allons leur transmettre les cas d’islamophobie dont nous aurons connaissance pour leurs statistiques, et inversement », explique Samy Debah, président du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), qui « recense depuis cinq ans les actes anti-musulmans et vient en aide aux victimes de l’islamophobie ».

Inciter à porter plainte 

Autre objectif de la cellule : « Inciter les musulmans victimes d’actes racistes ou islamophobes à porter plainte à chaque fois, explique Azzedine Gaci, chargé de mission de la nouvelle instance. En effet, il n’est pas dans la mentalité des gens issus de la diversité de porter plainte quand on les traite de "sale arabe", de "sale musulman" ou de "Ben Laden". »

L’initiative vient du procureur général de Lyon. « En 2004, Jean-Olivier Viout avait lancé une cellule de veille pour les actes antisémites. Il voulait créer en même temps une cellule de recensement des actes anti-musulmans, estimant que le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie devaient être mis sur le même pied d’égalité », poursuit Azzedine Gaci.

Recrudescence des actes islamophobes 

Mais rien n’est venu. « A partir de 2008, on a assisté à une recrudescence des actes islamophobes au niveau national, régional et local », souligne Azzedine Gaci qui est également président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) de la région Rhône-Alpes. L’idée d’une cellule spéciale ressurgit début janvier 2009 et, début juin, elle voit le jour.

La cellule compte douze membres, parmi lesquels des responsables musulmans, de la société civile et des avocats. Elle doit se réunir au moins deux fois l’an, et chaque fois que cela sera nécessaire, avec le procureur général et les procureurs du Rhône, de l’Ain et de la Loire.

Une cellule très attendue

Plusieurs associations musulmanes demandaient la création d’une telle cellule. Azzedine Gaci avait lui-même émis ce souhait après l’incendie de la mosquée de Saint-Priest (Rhône), en décembre 2008. Le CCIF dit avoir sollicité une action des ministères français concernés : « On n’a pas donné suite à nos requêtes », se souvient Samy Debah, qui espère que « l’expérience pilote de Lyon sera étendue à tout le territoire ».

La Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI) est quant à elle bien plus sceptique. « C’est une cellule bidon, une coquille vide, un miroir aux alouettes pour renforcer la notabilité de certains musulmans de service », affirme Abdelaziz Chaambi, fondateur du CRI et membre du Collectif des musulmans de France. Ce militant n’a pas été retenu parmi les membres de la nouvelle structure.