Société

En Iran, la révolte couve toujours

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Les manifestants dénoncent une fraude à l’élection qui a réélu Ahmadinejad avec 63% des votes

Les manifestants dénoncent une fraude à l'élection qui a réélu Ahmadinejad avec 63% des votes © DR

A la veille de la prière collective hebdomadaire, l’Iran s’attend à une nouvelle mobilisation autour de l’opposant Mir Hossein Moussavi, qui a l’intention de créer un Front politique réformateur. Eprouvé, le pays essuie les plâtres d’une révolte d’un mois encore présente à l’esprit de la population.

Un mois après la réélection très controversée de Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays, l’Iran reste écrasé sous une chape de plomb. L’opposition, si elle continue d’être mobilisée, n’a aucune tribune d’expression, la presse quant à elle demeure muselée.

Pour l’heure, les bilans officiels des manifestations qui ont fait suite à la réélection d’Ahmadinejad le 12 juin font état d’une vingtaine de morts, mais beaucoup de familles sont sans nouvelles de certains de leurs proches. Mardi soir, le jour a été fait sur le sort de Sohrab Arabi, un jeune de 19 ans qui n’avait plus donné signe de vie depuis le début des émeutes. Son corps a finalement été rendu à sa famille. Il semble qu’il aurait été incarcéré à la prison d’Evine, où il aurait subi des sévices avant de décéder.

Comme lui, d’autres opposants ont été arrêtés il y a plusieurs semaines, certains ont été libérés sous caution mais d’autres ont disparu. En dehors du pays, plusieurs organisations dénoncent les abus du régime, et notamment les vagues d’arrestations.

La France espère la libération de Clotilde Reiss, une étudiante enseignant le français en Iran et arrêtée il y a quinze jours sous prétexte d’avoir pris des photos des manifestations avec son téléphone portable. Les diplomates attendent de lui rendre visite à la prison d’Evine, mais Téhéran semble vouloir maintenir de cette manière une certaine pression sur les pays occidentaux. D’ailleurs, une employée franco-iranienne de l’ambassade de France en Iran a également été arrêtée samedi dernier. Elle a été détenue quelques jours avant d’être relâchée mardi.

 

L’opposition n’est pas morte

Dans ce contexte, le chef de file de l’opposition Mir Hossein Moussavi entend bien remotiver ses troupes vendredi, lors de la grande prière hebdomadaire à Téhéran. Le prêche sera dirigé par l’ex-président Akbar Hachemi Rafsandjani, et Moussavi sera présent, ainsi que Mehdi Karoubi, un autre candidat qui conteste la réélection d’Ahmadinejad.

Des appels à participer massivement à la prière ont été lancés sur Internet par les partisans de l’opposition.

"Je me sens dans l’obligation de répondre à l’appel de mes compagnons pour défendre le droit de vivre librement et noblement et vendredi je participerai dans vos rangs à la prière collective", a annoncé Mir Hossein Moussavi dans un communiqué. Il s’agira de sa première apparition publique depuis plusieurs semaines.

Les journaux ultraconservateurs proches du pouvoir craignent un nouvel embrasement, et ont mis en garde contre tout détournement de la prière à des fins politiques. Le ministre des Renseignements, Gholamhossein Mohseni Ejeie, a appelé "le peuple intelligent" de l’Iran à la "vigilance" pour "que la prière du vendredi ne soit pas l’occasion d’événements indésirables", selon l’agence semi-officielle Fars.

 

Front politique réformateur

Par ailleurs, l’entourage de Mir Hossein Moussavi a annoncé cette semaine qu’il comptait lancer un "Front politique", vaste formation dont on ignore encore la composition.

"Ce front sera en fait un réseau destiné à coordonner les efforts des groupes visant à promouvoir la démocratie et à défier les radicaux qui imposent leur volonté au pays au nom de l’Islam et de la démocratie", a déclaré Ali Reza Beheshti, collaborateur de Moussavi.

"Les conditions politiques et sociales pour la création d’un Front existent car les gens qui ont voté pour Moussavi forment une force immense, membres pour la plupart de l’élite des universitaires et des étudiants", a déclaré Mohammad Hachemi, le frère de l’ancien président Rafsandjani.

Un responsable conservateur, Hamid Reza Taraghi, a pour sa part conditionné l’autorisation d’une telle coalition de réformistes à la reconnaissance par Moussavi de la "légitimité" du président Ahmadinejad.

Hostile au projet, le quotidien ultraconservateur Javan a lui dénoncé "le nouveau jeu du triangle maléfique", mettant en cause Moussavi, Khatami et Mohammad Hachémi.

Pour l’heure, Mahmoud Ahmadinejad n’est toujours pas officiellement reconduit dans ses fonctions. Il devrait l’être début août, au cours d’une cérémonie lors de laquelle le Guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, l’investira officiellement comme président.

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