Société

Les avocats du procès Fofana se déchirent

Mis à jour le 29 juillet 2009 à 15:46

La guerre des avocats fait rage, après la fin du procès du Gang des barbares, jugé pour le meurtre du jeune Juif Ilan Halimi. Une enquête devrait être ouverte à l’encontre de Me Szpiner, l’avocat de la famille de la victime, qui a eu des propos polémiques notamment à l’égard de l’avocat général, Philippe Bilger.

Christian Charrière-Bournazel, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris, a ouvert –à la demande du procureur général Laurent Le Mesle– une enquête disciplinaire à l’encontre de Me Francis Szpiner, l’avocat de la famille d’Ilan Halimi dans le procès du « Gang des barbares ».

En cause, des propos tenus dans le Nouvel Observateur par Francis Szpiner. Selon l’hebdomadaire, il aurait qualifié l’avocat général lors du procès, Philippe Bilger, de « traître génétique » et certains avocats de « connards de bobos de gauche ».

Sur le site de lexpress.fr, Francis Szpiner affirme qu’il ne faisait pas allusion au passé de collaborateur et à la condamnation à la Libération de Bilger père, et que ses propos ont été mal interprétés. Selon lui, ses déclarations faisaient davantage référence à plusieurs « trahisons » survenues lors du procès.

« J’ai également parlé de "trahison" vis-à-vis du procureur général lorsque M. Bilger a dit publiquement qu’il ne fallait pas faire appel », explique-t-il notamment à lexpress.fr. A propos de ses confrères, il souligne que sa pensée a été déformée. 

Choc des egos

Cette polémique doit beaucoup au tempérament des deux protagonistes, l’avocat Szpiner et l’avocat général Bilger. Tous deux sont des ténors du barreau (le premier est connu pour être l’avocat d’Alain Juppé et de Jacques Chirac). Mais voilà, dans une basse-cour il n’y a de place que pour un seul coq.

Tout au long des audiences, en effet, la tension entre eux était palpable. Ils représentent deux approches de l’affaire, deux analyses foncièrement différentes. Pour Francis Szpiner, qui défendait la famille de la victime, Ilan Halimi a été la cible d’un crime antisémite. Pour Philippe Bilger en revanche, l’aspect antisémite de l’homicide est indéniable, mais ce n’est que l’arrière-plan d’un crime crapuleux.

Rien d’étonnant par conséquent qu’à l’issue du procès, Philippe Bilger ait jugé le verdict « exemplaire », l’accusé principal Youssouf Fofana ayant écopé de la peine maximum, soit la prison à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Tandis que Me Szpiner a estimé que les jurés avaient fait preuve de trop de clémence et, soutenu par des organisations juives, a réclamé un nouveau procès. 

Vers un jugement en appel

Pour les parties civiles en effet, l’aspect antisémite du meurtre a été trop peu souligné, et les complices de Fofana n’ont pas été assez sévèrement punis.

En fin de compte, la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie a demandé un procès en appel. Une intervention qui a valu a Me Szpiner d’être accusé de « politiser » le procès. Les avocats des coaccusés ont dénoncé un appel « convoqué sur ordre politique » et ont appelé la Chancellerie à retirer sa demande d’appel.

En 2006, Ilan Halimi, un jeune homme de confession juive, a été séquestré puis torturé, avant d’être assassiné par ceux qu’on a appelés le « Gang des barbares » .