Société

Gaza : mobilisation pour mettre fin à l’impunité

Dans la foulée du rapport Goldstone, qui reconnaît des crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité lors de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, l’organisation Amnesty International mène une campagne intitulée « Vérité, justice et réparations ». Et demande qu’Israël se soumette à une enquête internationale.

Mis à jour le 30 septembre 2009 à 19:02

Amnesty International dénonce les crimes de guerre commis à Gaza © Pierre-Yves Brunaud

A l’heure où le Conseil des droits de l’homme des Nations unies débattait du rapport Goldstone, l’association Amnesty International combattait dans la rue, mardi 29 septembre à 18h place de l’Opéra à Paris, pour que ce document ne reste pas lettre morte.

Goldstone, du nom de son rédacteur, un juge américain, est un compte-rendu d’enquête faisant la lumière sur les crimes de guerre commis par les forces armées (Israël et le Hamas) lors de l’opération intitulée « Plomb Durci » menée par Tsahal dans la bande de Gaza en janvier 2009. En 22 jours, 1400 Palestiniens, en majorité des civils dont 300 enfants, ont trouvé la mort, ainsi que neuf Israéliens dont trois civils.

Tout en dénonçant le caractère disproportionné de l’offensive israélienne, Amnesty International, qui a mené sa propre enquête dans la zone sinistrée, salue les conclusions qui recommandent à l’Onu de prendre des dispositions à l’égard des responsables.

Art et paix

L’association a misé sur une opération de communication originale, destinée à frapper l’opinion publique. L’artiste plasticienne Emilie Benoist a réalisé pour l’occasion une installation pour le moins inattendue. La jeune femme a souvent réfléchi à la manière dont elle pourrait s’impliquer auprès d’Amnesty International.

« C’est un premier engagement, auquel je pensais depuis longtemps mais je ne savais pas sous quelle forme il aurait lieu. Quand j’ai été contactée par Amnesty, j’ai immédiatement accepté. Et j’ai tenu à rester fidèle à mon travail personnel ».

En mêlant le militantisme et l’artistique, Amnesty International a surtout voulu « alerter différemment, parce qu’il fallait faire un grand coup face à ce drame », explique Emilie Benoist. Cela donne une immense photographie reproduite sur une bâche. Emilie Benoist et l’association ont tenu à dénoncer l’utilisation illégale, par l’armée israélienne, du phosphore blanc, symbolisé ici par des crayons papiers enduits de graphite. Ils forment, alignés sur l’image, une nuée d’obus.

  Les militants s’allongent au sol, simulant les victimes tuées à Gaza. Crédit photo: Lauranne Provenzano pour JA.

Sur le parvis de l’Opéra, une dizaine de militants revêtus d’une combinaison blanche arborent des blessures, représentant les dégâts occasionnés par ce type d’armes : brûlures, plaies ouvertes…un simulacre de champ de bataille reproduit par l’artiste sur le thème des matières et des volumes.

Le tableau interpelle, surtout lorsque retentit une sirène stridente et que la soixantaine de militants venus soutenir l’association s’allonge au sol, en hommage aux victimes de Gaza, pour un « die-in » (de "sit-in") de quelques minutes.

Crimes de guerre

Les discours dénoncent l’immobilisme d’Israël, qui a refusé, tout comme le Hamas, de participer à l’enquête.« Viser délibérément et sans distinction des populations civiles est un crime de guerre », déclare au micro Geneviève Garrigos, la présidente d’Amnesty International France (AIF). « Nous demandons au Conseil des droits de l’homme d’alerter le Conseil de sécurité de l’ONU, et que celui-ci fasse appel à la Cour Pénale Internationale (CPI, non reconnue par l’Etat hébreu, ndlr) si Israël et le Hamas refusent de mener des enquêtes dans le délai imparti », reprend-elle.

L’association a adressé une lettre à Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, lui demandant de se prononcer conformément aux recommandations du rapport Goldstone. « La diplomatie française doit passer des déclarations aux actes », insiste Geneviève Garrigos.

Au même moment, les Etats-Unis, s’alignant sur la position israélienne, rejetaient le rapport, estimant qu’ « Israël a la capacité d’enquêter et de mener des investigations solides », par lui-même. Interrogé mercredi, Michel Morzière, responsable de la coordination Israël-Territoires occupés palestiniens-AIF qui a assisté à la manifestation la veille, se dit « refroidi » par cette sortie « aberrante », et cite un article de presse selon lequel « Washington torpille le rapport Goldstone ». Il dit attendre à présent la réaction européenne, qui pourrait œuvrer à « un rapprochement, pour obtenir une position médiane ».