Musique

Bob Marley, conscience éternelle de l’Afrique

La pochette originale de l'album "Survival" © D.R

Il y a trente ans sortait « Survival » avant dernier album du pape du reggae, qui décèdera deux ans plus tard. Grâce à sa musique, mais surtout à son engagement politique, Bob Marley s'est rendu intemporel sur le continent africain.

En 1979, la sortie de l’album « Survival » de Bob & The Wailers acheva de populariser le reggae au-delà des frontières jamaïcaines, pour en faire un des éléments d’inspiration de la culture pop occidentale. Sur la pochette originale figurent 48 drapeaux africains, symbolisant l’unité de l’Afrique. Parmi eux, celui de ce pays toujours dépendant de la puissance colonisatrice, et qui s’appelle encore la Rhodésie (en fait deux drapeaux pour le Zimbabwe, ceux des deux principaux partis politiques, la Zapu et la Zanu-PF). Un titre est d’ailleurs dédié à ce pays dans l’album. Un an plus tard, à l’occasion de leur indépendance enfin acquise, les Zimbabwéens en liesse accueillent Bob Marley, leur prophète noir, pour un concert magistral à Harare qui débute sur les notes de « Get up, stand up, stand up for your rights » (Levez-vous, dressez-vous, dressez-vous pour vos droits).

 (Concert Live de Bob Marley & The Wailers au Zimbabwe, à l’occasion de l’Indépendance)

Cet exemple suffit à représenter ce que fut Bob Marley pour l’Afrique. Un prophète, oui, mais surtout un symbole de son vivant et l’un des fils du rastafarisme, ce mouvement idéologico-religieux qui prône le retour de toute la diaspora noire vers sa terre natale et l’avènement de l’Ethiopie comme Terre Promise grâce à Jah Ras Tafari (le roi Hailé Sélassié 1er), considéré comme la réincarnation noire de Dieu sur terre.

Rebelle en paix

C’est dans les années 70 que Bob Marley construit cette identité forte qui le mènera à haranguer les foules pour les convaincre de faire valoir leurs droits pour inverser la suprématie blanche. Car plus qu’un musicien de talent, il devient aussi, très vite, le chantre de tout un mouvement d’émancipation, au gré des rencontres musicales, mais aussi politiques (il est régulièrement « récupéré » par les deux gangs politiques qui se disputent le pouvoir en Jamaïque, le PNP socialiste de Michael Manley et le JLP travailliste d’Edward Seaga). La consommation de la ganja (ou marijuana, une herbe extraite du chanvre) prônée par le milieu rasta aidant, le jeune métis qu’il est encore acquiert peu à peu la conviction que la violence, les armes et la haine sont contreproductives. Dès lors, il n’aura de cesse de dénoncer le Babylon system, qui englobe le monde occidental païen, raciste, consumériste et capitaliste pour encourager ses « frères noirs » à l’unité et à la spiritualité, à l’exemple du titre « Africa Unite ».

Aujourd’hui et dans l’esprit des jeunes générations, Bob Marley évoque davantage la « fumette », les locks (tresses rastas) et le reggae, musique basée sur l’accentuation basique des contretemps d’une mesure. En somme, une sorte d’idéaliste hippie un brin utopiste. Et il est vrai que, dans certains de ses discours, l’icône jamaïcaine pouvait paraître en décalage avec le monde réel. C’est le cas dans une interview accordée à Jeune Afrique quelques jours avant sa mort (n° 1064 paru le 27 mai 1981), dans laquelle il déclare : « Nous vivrons tous en Afrique un jour car même la France sera l’Afrique ». Mais ce serait oublier l’extraordinaire pouvoir fédérateur de l’homme que certains considèrent encore comme un messie voué à rassembler dans l’amour et la paix.

Le culte tant bien que mal

Africain plus que Jamaïcain, Bob Marley revendique un nécessaire retour aux sources, un destin commun avec l’Afrique. Il assume son identité de porte-parole contestataire. Par la musique d’abord, lui qui créa presque le reggae, inspiré du ska (variante du reggae au rythme soutenu) et du rythm’n blues noirs. Par ses engagements ensuite. En 1980, après « Zimbabwe », il chante pour l’anniversaire d’Omar Bongo au Gabon, puis dénonce l’apartheid qui sévit en Afrique du Sud dans « War ». Plus que tout, Bob Marley tente de réaffirmer sinon d’affirmer une identité africaine bafouée pendant des siècles d’esclavage, il se fait l’avocat des défavorisés tout en scandant la dignité des siens. Trente ans après « Survival », l’album de la maturité, d’aucuns y croient encore. Ils s’appellent Alpha Blondy, reggaeman ivoirien souvent comparé à Marley pour ses textes subversifs et gratifié du titre d’ambassadeur de l’Onu pour la paix en Côte d’Ivoire. Ils s’appellent aussi Tiken Jah Fakoly, autre célèbre ivoirien qui dénonce à coups de rimes aussi bien la Françafrique que les maux qui minent l’Afrique.

Et même si la tombe de Bob Marley à Nine Miles, en Jamaïque, n’est que peu visitée, le concert donné à Addis Abeba, la capitale éthiopienne en 2005, à l’occasion de son soixantième anniversaire, a créé l’événement. Des centaines de milliers d’inconditionnels ont afflué de tout le continent, les héritiers (Damian Marley et Ziggy Marley en tête) ont repris les tubes de leur père. Au grand dam de la maigre communauté rastafarie vivant toujours en Ethiopie, le concert était néanmoins sponsorisé par la firme Coca-Cola, symbole s’il en est de la Babylone tant critiquée par le grand Bob…Qu’importe, le message, la portée et l’héritage de Bob Marley ne se sont eux, jusqu’à présent, jamais démentis.

 

(Bob Marley chante "Africa Unite")

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