Politique

France-Rwanda : des relations « normalisées » ?

Le président rwandais Paul Kagamé

Le président rwandais Paul Kagamé © AFP

Les deux pays ont annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques près de trois ans après leur rupture. Cette déclaration intervient après des mois de négociations.

L’entrée du Rwanda au Commonwealth, entérinée dimanche, laissait imaginer que ses relations avec la France étaient toujours aussi mauvaises. En rejoignant le club des anciennes colonies britanniques majoritairement anglophones, Kigali cherchait-il à faire un pied de nez à Paris ? Etonnamment, pas du tout.

Claude Guéant à Kigali
Alors que les membres de l’organisation se prononçaient pour l’adhésion du Rwanda, la France s’activait en coulisses pour rétablir des relations diplomatiques interrompues depuis novembre 2006.
Le communiqué de l’Elysée publié hier indique que Claude Guéant s’est rendu à Kigali dimanche, où il s’est entretenu avec le président rwandais Paul Kagamé. « A l’issue de ces entretiens, le président de la République française et son homologue rwandais sont convenu de rétablir les relations diplomatiques entre les deux pays », conclut le texte.
La rupture avait été provoquée par l’émission de mandats d’arrêt par le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. Ceux-ci visaient des proches de Paul Kagamé, soupçonnés d’implication dans l’attentat qui avait coûté la vie à l’ex-président Juvenal Habyarimana en 1994, prélude au génocide. A Kigali, cette initiative de la justice française avait été perçue comme une provocation gravissime.

2007 : le dégel

« Le président Nicolas Sarkozy avait fait comprendre dès son arrivée au pouvoir qu’il allait essayer de résoudre le problème du Rwanda », a commenté rétrospectivement la ministre rwandaise de l’Information, Louise Mushikiwabo.
La mise en disponibilité du juge Bruguière pour devenir candidat du parti présidentiel (UMP) aux élections législatives de 2007, peu après l’élection de Nicolas Sarkozy, a peut-être été interprétée comme un signe par Kigali.
De même, la négociation a été facilitée par la nomination de Bernard Kouchner au ministère des Affaires Etrangères. Ce dernier est perçu comme moins hostile à la position rwandaise que certains de ses prédécesseurs, comme Hubert Védrine ou Dominique de Villepin, que Kigali accusait d’avoir soutenu des génocidaires.
Depuis la fin 2007, les contacts ont donc repris doucement entre les deux pays. En janvier et novembre 2008, les déplacements remarqués de Kouchner à Kigali, avaient été interprétés comme des marques d’apaisement.
Nouveau signe positif la semaine dernière, après l’arrivée de deux juges d’instruction françaises au Rwanda pour enquêter sur les éventuelles implications de Rwandais résidants en France, dans le génocide. Kigali a salué ce geste – une première depuis 2006 – comme un « espoir dans la traque des présumés génocidaires rwandais en France ».
Tout n’est pas encore réglé entre les deux pays. « Il n’y avait pas de contradiction entre tourner la page et ne pas oublier », souligne Louise Mushikiwabo auprès de l’AFP. Son gouvernement continue d’accuser la France d’avoir aidé des responsables du génocide, ce que les autorités françaises ont toujours nié.
Mais pour l’heure, Paris et Kigali préfèrent mettre l’accent sur les progrès accomplis : le Rwanda espère « pouvoir assainir un climat diplomatique qui a été empoisonné depuis 1994 », a déclaré la porte-parole du gouvernement.

 

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