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Abou Dhabi : le plus gros contrat jamais signé au Moyen-Orient

| Par Jeune Afrique
Le président sud-coréen Myung-Bak et le cheikh ben Zayed al-Nahyan des Emirats, le 27 décembre

Le président sud-coréen Myung-Bak et le cheikh ben Zayed al-Nahyan des Emirats, le 27 décembre © AFP

Le plus gros contrat jamais conclu au Moyen-Orient – 20,4 milliards de dollars – a été signé dimanche 27 décembre. Il porte sur la construction de quatre centrales nucléaires civiles à Abou Dhabi par un consortium mené par la Corée du Sud. Encore une fois, la France subit un revers commercial malgré l’implication personnelle du président Nicolas Sarkozy.

Abou Dhabi sera le premier pays du Golfe à générer de l’électricité par l’énergie atomique. L’émirat le plus riche des sept que compte la fédération des Émirats arabes unis (EAU) a en effet annoncé, dimanche 27 décembre, qu’un consortium mené par la compagnie publique sud-coréenne Korea Electric Power Corp (KEPCO) a remporté  un contrat nucléaire civil de 20,4 milliards de dollars.

Selon l’Agence émiratie de l’énergie nucléaire, Emirates Nuclear Energy Corporation (ENEC), ce consortium aura la charge « de la conception, de la construction et de l’assistance au fonctionnement de quatre centrales nucléaires civiles » de 1.400 mégawatts chacune. Et, par la suite, il devrait logiquement remporter un deuxième contrat de 20 milliards de dollars pour l’exploitation de ces quatre centrales. Outre KEPCO, il comprend des sociétés sud-coréennes dont Samsung, Hyundai, Doosan Heavy Industries, mais aussi le groupe américain Westinghouse et le japonais Toshiba.

Le plus gros contrat jamais signé au Moyen-Orient
Le contrat, qui reste encore à confirmer, est le plus gros jamais conclu au Moyen-Orient. Il a été signé en présence du président des Emirats arabes unis, cheikh Khalifa al-Nahyane, et de son homologue sud-coréen, Lee Myung-bak, en visite à Abou Dhabi. Les travaux de construction doivent commencer en 2012 et « le premier réacteur sera opérationnel en 2017 », a indiqué le directeur général de l’ENEC, Mohamed Al-Hammadi.

Mais cette annonce représente aussi un nouvel échec cinglant pour l’industrie française qui mise beaucoup sur la diversification économique menée par Abou Dhabi, notamment dans les énergies renouvelables. La France travaillait sur le projet depuis deux ans.  Elle était en concurrence avec les Sud-Coréens mais aussi une alliance américano-japonaise formée de General Electric et Hitachi. Tous trois avaient réussi à devenir finalistes de l’appel d’offres d’Abou Dhabi.

Implication personnelle de Nicolas Sarkozy
Paris présentait au départ un groupe constitué de GDF Suez, de Areva et de Total. Mais devant la concurrence agressive de la Corée du Sud et les fortes exigences des Emirats, le trio, poussé par l’Elysée, a intégré Electricité de France (EDF) jusqu’à laisser ce dernier diriger les négociations dans la dernière ligne droite.

Le président français s’est impliqué personnellement dans le dossier. «C’est le patron de la filière nucléaire française, Nicolas Sarkozy, qui a demandé à EDF d’y aller», explique une source proche du dossier à l’AFP. La technologie française se base sur l’EPR, la coréenne sur un réacteur de troisième génération, l’APR-1400, et le groupe japonais sur un réacteur à eau bouillante, l’ABWR.

Une dernière chance pour la France

Alors que Abou Dhabi vient de prêter 10 milliards de dollars à son imprudent voisin Dubaï, pour le sortir de la grave crise financière dans laquelle il est empêtré, ce nouveau revers français s’explique vraisemblablement par une question de prix. «Depuis le départ, c’est le problème principal. Si Abou Dhabi se décide uniquement sur le prix, on a perdu», confiait il y a peu à l’AFP un membre du consortium français. Un euro fort, face à un dollar faible, n’a probablement pas aidé la France non plus.

La France, qui a ouvert dans l’Emirat, en mai 2009, une base militaire devant compter à terme jusqu’à 500 soldats, a cependant une dernière négociation commerciale en cours avec Abou Dhabi : celle des Rafale construits par Dassault. L’avionneur espère en écouler une soixantaine dans les EAU. La visite de Nicolas Sarkozy dans les pays du Golfe, en février 2009, prouve sa volonté de conclure un premier contrat international pour le fleuron ultra-sophistiqué de l’aviation française.

Mais, une nouvelle fois fois, le prix proposé par Paris pourrait être rédhibitoire: le contribuable français a payé le Rafale environ 140 millions d’euros pièce pour une livraison de 286 appareils entre 2002 et 2009 – sans compter l’armement, environ 35000 euros par kilo en moyenne… On comprend que le chasseur-bombardier français n’ait pas réussi à concurrencer le F-16 américain ou le Typhoon développé par le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Et qu’il ait échoué à remporter le moindre contrat en Corée du Sud, aux Pays-Bas, en Australie, en Arabie saoudite, en Inde ou encore au Maroc, qui, en octobre 2007, lui a préféré le F-16. La Libye est actuellement le pays le plus susceptible d’acheter des Rafale, mais Mouammar Kadhafi fait durer le plaisir : signé en décembre 2007, un protocole d’accord pour l’achat de 14 Rafale ne s’est toujours pas concrétisé.
 

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