Politique

Beugré Mambé, bête noire du camp Gbagbo

Le président ivoirien Laurent Gbagbo et le chef de la CEI, Robert Beugré Mambé, le 15 sept. 2008 © AFP

Le président de la Commission électorale indépendante ne fléchit pas malgré les virulentes critiques dont il fait l’objet de la part du camp présidentiel. La crise autour du règlement du contentieux électoral semble insoluble. Et le pays renoue avec les vieux démons de l’ivoirité.

La voix est ferme, le front plissé, le regard déterminé. Sous le feu des critiques depuis plus d’un mois, Robert Beugré Mambé fait preuve d’une ténacité inébranlable. Accusé d’avoir voulu introduire frauduleusement 429 000 noms sur la liste électorale définitive menant à la présidentielle ivoirienne, convoqué à plusieurs reprise par la police, il était le 11 février à Ouagadougou pour rencontrer le médiateur du processus ivoirien Blaise Compaoré.

Juste avant, celui-ci avait reçu une délégation du camp du président Laurent Gbagbo, conduite par Pascal Affi N’Guessan, chef du Front populaire ivoirien (FPI) ainsi que des représentants de l’opposition, emmenés par Alphonse Djédjé Mady, président du directoire du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, opposition). Objectif : débloquer le processus de sortie de crise. Mais aucun résultat n’a été obtenu, chacun campant sur ses positions. Compaoré doit faire dans les prochains jours une proposition alternative pour tenter de parvenir à un consensus.

Prédicateur protestant

À Abidjan, Beugré Mambé vit reclus dans sa propriété du quartier des Deux plateaux. Devant sa porte, une centaine de militants de l’opposition (RHDP, rassemblement des formations houphouétistes) forment un bouclier humain car le bruit court de son arrestation imminente. « C’est la croix que je dois porter, explique, impassible, le président de la Commission électorale indépendante (CEI). Je la porterai avec toute la sérénité nécessaire. Ma foi profonde est que la vérité de Dieu va finir par s’imposer. On n’a pas voulu tricher et on n’a pas fraudé ».

Pourtant, le sort de ce prédicateur protestant, fils de pasteur, semble bel et bien scellé même si les deux grands leaders de l’opposition, Alassane Dramane Ouattara (RDR) et Henri Konan Bédié (PDCI) continuent à le soutenir publiquement. « Contre l’avis des partis, Beugré Mambé a demandé aux informaticiens de la CEI de réaliser des croisements patronymiques des Ivoiriens ne figurant pas encore sur la liste électorale définitive en vue des les y intégrer. Et les résultats obtenus favorisent les populations du Nord et du groupe Akan réputés plus favorables à l’opposition », explique un diplomate en poste à Abidjan.

Alerté par ses troupes, le président Gbagbo s’est engouffré dans la brèche, écoutant la frange la plus radicale de son entourage qui lui conseille de ne pas aller aux élections avec la liste électorale en construction, celle-ci étant « trop favorable à l’opposition. »

« C’est le Rwanda qui se prépare en Côte d’Ivoire »

Saisis par les membres du camp présidentiel, en dehors de toute procédure prescrite, des juges ont même commencé à radier arbitrairement des centaines de noms de la liste provisoire. Près de 70 000 personnes supposées proches de l’opposition sont concernées. Les partisans de l’opposition n’ont pas tardé à réagir en s’en prenant aux juges et aux greffiers à Man et à Katiola. Des affrontements ont également eu lieu à Vavoua et Divo avec les forces de l’ordre. Le Premier ministre et leader des Forces nouvelles (FN), Guillaume Soro, s’est rendu à Ouagadougou début février auprès de Blaise Compaoré, pendant que son ministre du Tourisme et de l’artisanat, porte parole des FN, multipliait les va-et-vient auprès des commandants de la rébellion. Sidiki Konaté interpelle les Ivoiriens et la communauté internationale sur les dangers d’une nouvelle guerre civile en préparation. « Ceux qui manipulent doivent pouvoir prendre la mesure de leurs agissements, a-t-il déclaré à l’issue d’un conclave avec les chefs militaires le 8 février. C’est le Rwanda qui se prépare en Côte d’Ivoire ».

Nombreux obstacles

Dans l’entourage du président Gbagbo, deux clans s’affrontent : les faucons qui veulent que l’on reprenne tout le processus d’identification à zéro et les modérés qui pourraient se satisfaire d’un rééquilibrage à la tête de la CEI. Plusieurs noms consensuels circulent pour le remplacement de Beugré Mambé, dont l’opposition veut le maintien. On évoque l’ancien Premier ministre, Seydou Elimane Diarra, Mgr Paul Siméon Ahouana, archevêque de Bouaké, et aussi Me Bamba Cheick Daniel, grand commis de l’Etat en charge du redéploiement de l’administration dans le Nord. L’objectif est également de préserver les acquis des derniers mois avec une liste électorale de quelque 5,3 millions de personnes et le repêchage de 550 000 autres qui était en cours quand la crise a éclaté. « Nous pourrions accepter une liste définitive de 5,9 millions de personnes », explique l’ancien ministre du PDCI, Bamba Mamadou. Les Forces nouvelles (FN) et les populations, qui souhaitent le scrutin le plus inclusif possible, pourraient également partager cet avis.

Reste que de nombreux obstacles se dressent encore avant la tenue de la présidentielle, prévue à l’origine en 2005 mais attendue, au plus tôt, au mois d’avril.

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