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Les promesses non tenues de l’aide au développement

Des élèves kenyans transportent de l'eau dans des bidons pour aller à l'école le 17 août 2009.

Des élèves kenyans transportent de l'eau dans des bidons pour aller à l'école le 17 août 2009. © AFP

Si les montants des aides au développement sont légèrement en hausse malgré la crise, certains pays industrialisés, dont la France, sont loin de tenir toutes leurs promesses. Ce qui remet sérieusement en question l’achèvement des Objectifs pour le milénaire fixés par l’ONU.

"Les gens riches dépensent beaucoup plus d’argent pour régler leurs problèmes personnels, comme la calvitie, que pour combattre le paludisme". Prononcée en début d’année par le milliardaire philanthrope Bill Gates, agacé par les propos du président italien Silvio Berlusconi moquant "les pauvres de ce monde", cette petite phrase assassine prend tout son sens au vu du récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).

Le 17 février, son secrétaire général, Angel Gurria, a révélé que les promesses faites lors du sommet du G8 à Gleneagles (Ecosse) ne seraient pas tenues d’ici à la date butoir de décembre 2010. Les dirigeants des huit grandes puissances économiques s’étaient engagés à consacrer en 2010 au moins 0,51% de leur richesse nationale à l’aide publique au développement (APD) – soit à accroître cette dernière de 50 milliards de dollars par an – et à affecter la moitié de cette somme à l’Afrique subsaharienne. Or selon Richard Carey, le directeur de la coopération de l’OCDE, celle-ci ne devrait recevoir que 12 milliards de dollars supplémentaires sur les 25 promis…

Angel Gurria a donc distribué les bons et les mauvais points. Parmi les pires cancres, l’Italie, la France et l’Allemagne se sont fait particulièrement taper sur les doigts. Ces pays ont respectivement "omis" de verser 5,9 milliards de dollars, 4,5 milliards et 4,2 milliards pour l’aide au développement en 2009.

Retour américain en fanfare

Comme le montre la rareté des voyages présidentiels sur le continent, la France poursuit son long désengagement. En 2008, avec 7,6 milliards d’euros, l’Hexagone est pourtant le quatrième pays contributeur au sein du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE. Mais ce chiffre est, pour une bonne partie, le résultat d’un gonflement statistique: selon Coordination Sud, une association d’ONG, 90% de l’APD française inclut les allègements de dettes, les bourses fournies aux étudiants etrangers, l’accueil des refugiés… En 2010, malgré ces manipulations comptables, l’APD française aura quasiment stagné à 0,46% du PNB, contre 0,41% en 2004.

La France suit un parcours inverse de celui des Etats-Unis. Depuis 2004, l’APD américaine a augmenté de 35%, c’est-à-dire 27 milliards de dollars, et a atteint "des niveaux records", selon une étude rendue publique par l’OCDE. Même si elle représente "toujours moins que les aides promises par les principaux donneurs de la planète il y a cinq ans", lors de Gleneagles, regrette l’Organisation. Qui reconnaît cependant que les Etats-Unis  "semblent être sur la bonne voie" de remplir leur promesse de doubler leur aide à l’Afrique subsaharienne entre 2004 et 2010.

Les Etats-Unis, dont les montants d’aide sont proportionnels à l’intérêt sécuritaire et énergétique que l’Afrique revêt, tirent donc les résultats de l’APD vers le haut. L’assistance apportée par les 22 pays du CAD de l’OCDE devrait avoir augmenté de 35 % entre 2004 et 2010, se fixant à 107,4 milliards de dollars. Seule un pays a dépassé ses objectifs: la Suède, dont l’APD s’est élevé en 2009 à 1,03 % du PIB…  Huit autres pays ont honoré leurs engagements (Belgique, Canada, Danemark, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas et Suède), ou presque (Australie, Etats-Unis, Japon et Royaume-Uni) et sept ne les ont pas respectées. Les promesses, parfois, n’engagent que ceux qui y croient…

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