Défense

Massacre du 28 septembre : la junte sommée de rendre des comptes

Des victimes du carnage de Conakry

Des victimes du carnage de Conakry © AFP

Dans un nouveau rapport, Amnesty International réclame une profonde réforme des forces de sécurité guinéennes et demande que les responsables du massacre du 28 septembre 2009 soient enfin jugés et punis. Les nouveaux témoignages de victimes recueillis par l’ONG britannique font froid dans le dos.

Dans un rapport de 60 pages rendu public mercredi 24 février, l’organisation non-gouvernementale (ONG) Amnesty International revient sur la terrible répression qui s’est abattue sur l’opposition guinéenne le 28 septembre dernier à Conakry, en Guinée, et demande à ce que « justice soit rendue pour le massacre de ce ‘Lundi sanglant’ ».

Entre novembre et décembre 2009, une délégation d’Amnesty a enquêté sur place, rencontrant des témoins de la répression lancée contre la manifestation pacifique des Forces vives (opposition). Au stade de Conakry, des citoyens s’étaient ce jour-là rassemblés pour clamer leur hostilité à la probable candidature à la future élection présidentielle du capitaine de la junte Moussa Dadis Camara. Envoyés pour mater la grogne, les « Bérets rouges » ( la garde rapprochée du chef de la junte) ainsi que des miliciens en civil ont été, selon de nombreux témoignages concordants, directement responsables de la mort de plus 150 personnes.  Plus de 1 500 autres Guinéens ont été blessés, et des actes de torture et des sévices sexuels ont été commis sur plusieurs dizaines de femmes et de jeunes filles.

« On va vous exterminer »

Amnesty a pu s’entretenir avec certaines de ces victimes, avec leurs proches ou avec des témoins des scènes de violence qui ont préludé à une nouvelle crise politique dont le pays peine encore à sortir aujourd’hui.

« Tous les leaders étaient présents sauf Jean-Marie Doré qui avait du retard. Dès son arrivée, des grenades lacrymogènes ont été lancées sur les manifestants. Nous avons été surpris de voir les Bérets rouges arrivés en rangs serrés, ils tiraient sur tout le monde. On aurait dit un film de guerre », raconte Bintou, une jeune femme qui participait à la manifestation.
La suite de son récit détaille la barbarie de ces militaires qui, après l’avoir emmenée dans une villa privée où elle a été droguée, l’ont retenue pendant plusieurs jours.
« Les hommes cagoulés sont venus me violer trois fois par jour par groupe de quatre. Pendant que certains me faisaient tout ce qu’ils voulaient, un autre filmait la scène avec son téléphone portable. »

Fatou, une autre guinéenne confrontée à la même situation, rapporte les propos tenus par des militaires à son encontre : « Ils ont dit : ‘on va vous exterminer, on vous a demandé de ne pas aller au stade et gare à vous si vous vous amusez à raconter ce que vous avez subi ici. Nous viendrons pour tuer toute la famille’. »

Des témoins ont raconté avoir été arrêtés illégalement pour leur participation à la manifestation du stade, et avoir été détenus dans des conditions effroyables .
Des personnes  « ont été détenues (…) au camp Alpha Yaya Diallo (…) dans un container fermé avec un cadenas », détaille le rapport.

Réformer les forces de sécurité

Sur la base de ces témoignages, qui corroborent ceux recueillis par la commission d’enquête indépendante de l’Onu, Amnesty International réclame une réforme en profondeur des forces de sécurité guinéennes, qui soit en adéquation avec le droit international.
Le rapport souligne « un non-respect automatique des droits humains », ce que les Nations unies avaient déjà signalé en qualifiant la répression du 28 septembre de « crime contre l’humanité ».
Pour Amnesty, il est nécessaire de refondre totalement l’organisation des forces armées guinéennes. En mettant notamment un terme au recrutement des mineurs enrôlés pour rejoindre les unités d’intervention ou à la formation inappropriée des soldats.

L’ONG dénonce le maintien au pouvoir d’au moins deux membres de la junte épinglés par les Nations unies. En effet, le dernier remaniement ministériel a confirmé dans leurs fonctions le commandant Claude Pivi et le lieutenant-colonel Moussa Tiegboro Camara. Il s’agit désormais d’ « identifier  les responsables (…), de les traduire en justice et de fournir des réparations aux victimes », plaide l’ONG.

Par ailleurs, Amnesty International tire la sonnette d’alarme quant à l’implication de la communauté internationale. Certains pays, dont la France, l’Afrique du Sud, les Etats-Unis ou encore la Chine sont, d’après le rapport, en partie responsables du massacre pour avoir fourni des armes à la Guinée et avoir dispensé des formations à certaines unités policières. Une coopération mal encadrée et en complet décalage avec la gestion de simples manifestations ou même d’émeutes par les forces de l’ordre.

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