Politique

Terrorisme: l’otage français Pierre Camatte libéré par Aqmi

L'otage français Pierre Camatte a été libéré © AFP

Comme on pouvait le prévoir, l'otage français a été relâché par ses ravisseurs d'Al Qaïda au Maghreb islamique. Mais les conditions de cette libération mettent à mal les relations diplomatiques du Mali avec ses voisins.

Détenu depuis plus de trois mois par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), le Français Pierre Camatte a été libéré mardi en début de soirée. Une information d’abord dévoilée par un des négociateurs maliens, puis confirmée par Nicolas Sarkozy. Selon un communiqué de l’Elysée, le président français remercie chaleureusement son homologue malien Amadou Toumani Touré "pour la gestion de la crise". L’hôte de Koulouba avait fait de l’enlèvement du Français "une affaire personnelle", promettant de "tout faire" pour que son issue soit heureuse. Parole tenue.

Retraité de 61 ans, Camatte avait été kidnappé par des inconnus dans la nuit du 26 novembre dans un hôtel de Ménaka, au nord-est du Mali. Les raisons de cet enlèvement ne sont toujours pas établies avec précision, mais il pourrait s’agir d’une vengeance personnelle. Selon des sources sécuritaires maliennes, il aurait ensuite été « revendu » à Aqmi. Président d’une association entre la ville de Gérardmer (dans les Vosges, à l’Est de la France où il est domicilié) et Tidarmene, une localité du nord du Mali, Camatte partageait son temps entre la France et le Mali, où il s’occupait en particulier de la culture d’une plante thérapeutique contre le paludisme.

Le Français a visiblement été libéré grâce à la pression exercée par la France sur le Mali. AQMI souhaitait la libération de quatre islamistes arrêtés dans le Nord du Mali en avril 2009. Or le jugement de ces quatre hommes a eu lieu le jeudi 18 février en moins de trois heures. Deux jours avant la fin de l’ultimatum d’AQMI, ils ont été condamnés à neuf mois de prison ferme sur la base de la loi relative au port illégal d’armes et de munitions. Mais comme ils étaient détenus depuis avril 2009, il a été décidé qu’ils avaient purgé leur peine et libérés dans la nuit de dimanche à lundi. Une décision de justice faisant suite à deux voyages du ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner à Bamako, les 1er et 13 février, le second s’étant déroulé en compagnie du secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant.

Colère d’Alger et de Nouakchott

Face à l’insistance française, Bamako a donc plié. Mais la libération des quatre islamistes – Mohamed Ben Ali, 31 ans et Tayed Nail, 29 ans (Algériens), Houti Karito, 26 ans (Burkinabé) et Beib Ould Nafa, 25 ans (Mauritanien) – a provoqué une crise diplomatique entre le Mali et deux pays voisins. L’Algérie et la Mauritanie ont en effet décidé de rappeler, chacun, leur ambassadeur à Bamako ce mardi 24 février. La décision de Bamako de libérer "des terroristes recherchés par des pays voisins est un développement dangereux pour la sécurité et la stabilité dans la région sahélo-saharienne et sert, objectivement, les intérêts du groupe terroriste s’activant dans la région sous la bannière d’Al-Qaïda", a déclaré le ministère algérien des Affaires étrangères. Quant au porte-parole du parti au pouvoir en Mauritanie (Union pour la République, UPR), Saleh Ould Dehmache, il a jugé que la décision malienne n’avait "pas été bien calculée", car "elle encourage et rétribue les forfaits de ces groupes hors-la-loi qui menacent la paix dans toute la région".

Aqmi retient encore cinq Européens dans la zone désertique du Nord du Mali. Il y a trois Espagnols capturés le 29 novembre 200ç en Mauritanie et un couple d’Italiens kidnappés le 17 décembre dans ce même pays. Les trois Espagnols – deux hommes et une femme – sont détenus par l’Algérien Moctar Belmoctar, un des émirs "chefs" de Aqmi, selon des sources des rensignements maliens. Mais les otages italiens se trouvent aux mains de l’Algérien Abdelhamid Abou Zeïd et de son lieutenant, Abou Yaya Hamane. Les mêmes qui détenaient Pierre Camatte. Et qui ont assassiné en juin 2009 un touriste britannique, Edwin Dyer.

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