Économie

En 2012, l’aide à l’Afrique a reculé de 6,7%

Selon ONE, une organisation co-fondée par le chanteur Bono, certains pays, dont l’Espagne ou la Grèce, ont lourdement réduit leur aide publique au développement en faveur de l’Afrique. Selon des données encore préliminaires, la France a diminué son aide à l’Afrique subsaharienne de 17%.

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Mis à jour le 25 juin 2013 à 17:30

ONE a publié le 25 juin son rapport « Data 2013 » sur l’aide publique au développement (APD). Co-fondé par Bono et d’autres militants, ONE est une organisation qui se bat pour susciter la prise de conscience des populations en matière de lutte contre l’extrême pauvreté et entend faire pression sur les décideurs politiques. Parmi les principaux enseignements de cette étude, qui se base sur des données préliminaires de l’OCDE, le recul de l’aide des pays membres du Comité d’aide au développement * (CAD, liste ci-dessous) à destination de l’Afrique : en 2012, celle-ci a diminué de 6,7% pour atteindre 33,1 milliards d’euros. 

« Il est extrêmement préoccupant que, selon les données préliminaires de 2012, l’aide à destination de l’Afrique ait diminué plus fortement que le niveau de l’APD globale », estime ONE qui rappelle qu’entre 2004 (une année avant que ne soient pris les engagements de Gleneagles en matière d’aide) et 2010, l’APD à destination de l’Afrique a augmenté de 42%, pour passer de 24,5 à 34,7 milliards d’euros. L’aide à l’Afrique avait également continué à progresser en 2011, pour atteindre 35,5 milliards d’euros.

Au total, 16 des 24 pays membres du CAD ont diminué leur aide à l’Afrique en 2012. « Parmi les bailleurs de fonds dont les réductions ont été proportionnellement les plus importantes se trouvent l’Espagne (moins 56,7%), la Belgique (moins 27,7%), la Grèce (moins 23,2%) et les Pays-Bas (moins 17,7%) », rappelle ONE qui s’inquiète également du fait que cinq pays ont donné moins à l’Afrique l’année dernière qu’en 2004 : la France, la Grèce, les Pays-Bas, l’Espagne et la Norvège. A l’inverse, ONE souligne que plusieurs pays membres du CAD ont augmenté leur aide à l’ensemble de l’Afrique : la Corée du Sud (+45,4%), l’Australie (+20,7%), les Etats-Unis (+12,8%) et le Canada (+9,6%).

-17% pour la France

L’Afrique subsaharienne est particulièrement touchée. En 2012, l’APD destinée à cette région a diminué (de 6,1% contre -0,4% en 2011) pour la deuxième année consécutive. A 29,6 milliards d’euros, elle reste toutefois supérieure à l’aide versée en 2004 (21 milliards d’euros). 16 pays membres du CAD ont diminué leur aide à cette zone. 

La France, qui reste l’un des principaux donateurs, a réduit son aide à cette zone de 17% en 2012, représentant une baisse de près de 700 millions d’euros. Par ailleurs, ONE s’inquiète également de la forte baisse, au sein de l’APD, des subventions bilatérales (-21%) « Les subventions sont pourtant l’instrument crucial pour soutenir le développement des secteurs sociaux – scolarisation des enfants, accès aux soins de base… – dans les pays qui sont les plus en difficulté », souligne ONE. Les prêts, qui bénéficieraient plutôt aux pays dits émergents, ont été multipliés par quatre entre 2008 et 2013.

L’utilité de l’aide au développement est mis en cause par certains experts, tels que l’économiste zambienne Dambisa Moyo ou le président du Rwanda Paul Kagame, pour qui l’aide enferme les Etats africains dans une relation de dépendance et qu’elle est moins souhaitable que les investissements créateurs d’emplois et le commerce.

* Pays membres du CAD : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Suède, Suisse