Droits de l’homme

Seif el-Islam le conciliateur

Seif el-Islam, fils du numéro un libyen Mouammar Kaddafi en conférence de presse le 23 mars 2010. © AFP

Le fils du numéro un libyen a annoncé la sortie de prison de plusieurs dizaines de combattants islamistes. Une libération qui s'inscrit dans le programme de réconciliation et de dialogue avec les djihadistes instauré par la Fondation Kadhafi.

Dans la lignée de son programme de "dialogue" avec les islamistes, la Fondation Kadhafi s’est félicitée mardi 23 mars de la libération de 214 islamistes retenus dans les geôles libyennes. Parmi les détenus figurent trois dirigeants du Groupe islamique des combattants libyens (Gicl), une formation alliée à Al-Qaïda.

"L’Etat libyen annonce la libération de 214 prisonniers de différents groupes islamistes parmi lesquels 34 du Gicl, dont les trois dirigeants" Abdelhakim Belhaj, l’émir du groupe, Khaled Chrif, le chef militaire, et Sami Saadi, l’idéologue, a indiqué Seif el-Islam, le fils de Mouammar Kadhafi, lors d’une conférence de presse à Tripoli. En 2009, il avait déjà annoncé que les islamistes prisonniers en Libye avaient rompu tout contact avec la nébuleuse d’Oussama ben Laden. Leur libération a été rendue possible grâce à la "révision de leur notion du djihad", a expliqué la Fondation Kadhafi.

Seif el-Islam, possible successeur du Guide libyen, s’efforce par le biais de sa fonfation de mettre en place un programme de réconciliation avec les groupes extrémistes du pays. Depuis sa mise en place, 705 islamistes ont déjà été libérés, dont 88 en octobre 2009 parmi lesquels 45 membres du Gicl. Sur les 409 personnes qui restent incarcérées, Seif el-Islam a indiqué que 232 devaient être libérées prochainement. "C’est un évènement historique, le processus va continuer jusqu’à la libération des derniers prisonniers", a-t-il insisté, lançant : "rassembler les dirigeants du Gicl et la direction de la sûreté intérieure autour d’un thé était un rêve qui vient d’être réalisé".

Un groupe anti-Kadhafi

"Nous sommes sur le point de mettre fin à une période tragique", a assuré le fils Kadhafi, rappelant que les affrontements entre forces de sécurité et islamistes avaient fait respectivement 165 et 177 morts dans les années 1990.

Le Gicl a été formé au début des années 1990 en Afghanistan par des militants libyens venus combattre les Soviétiques et restés sur place après le départ de ces derniers. Son existence a été révélée en 1995, lorsqu’il a revendiqué l’objectif de mettre fin au régime de Mouammar Kadhafi pour lui substituer un Etat islamique radical.  Le groupe était dirigé depuis l’Asie centrale par Abou Laith al-Libi, un des tout premiers lieutenants d’Oussama ben Laden, tué en février 2008 par un missile américain dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

En 2007, le Gicl avait fait allégeance à Al-Qaïda, emboîtant ainsi le pas au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) algérien, rebaptisé dès lors Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Seif el-Islam a également voulu s’adresser aux Libyens combattant au sein d’Aqmi, les invitant à  "jeter les armes et à rentrer en Libye", leur affirmant qu’ils ne seraient pas arrêtés. "Vos frères en Algérie ont suffisamment souffert. Vous n’avez pas à les combattre", a-t-il lancé.

Père et fils réconciliés

Seif el-Islam a également salué son père qui a pris la "décision courageuse de libérer les membres du groupe". Mais une telle coopération entre la fondation Kadhafi et le pouvoir n’a pas toujours été facile. En décembre 2009, ladite fondation publiait un rapport épinglant violemment la Jamahiriya, dans lequel elle faisait état de "plusieurs violations flagrantes et préméditées des lois" ainsi que de "cas de tortures et de mauvais traitements" ou de "détentions injustifiées".

A l’époque, Mouammar Kadhafi n’avait pourtant pas réagi très brutalement. Malgré son irritation présumée, le rapport lui permettait de redorer le blason de la Libye à l’égard des démocraties occidentales et de normaliser, en théorie tout du moins, la gestion des droits de l’Homme dans son pays. Le numéro un et le numéro deux du régime semblent donc désormais avancer main dans la main, dans une politique de compromis. On est loin des tensions qui ont marqué les débuts de Seif el-Islam. Lorsque, notamment, Mouammar Kadhafi lui avait retiré la direction de la chaîne de télévision al-Libiya car il avait eu l’audace de défendre de manière un peu trop virulente la liberté de ton et d’expression de l’une de ses émissions… (avec AFP)

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte