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Togo, sous la férule du timonier national

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À chacun son cinquantenaire

À quelques heures de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance du Togo, acquise sous Sylvanus Olympio en 1960, le pays paraît plus divisé que jamais. Dans un climat de vive tension depuis les élections de mars dernier, les festivités s’annoncent modestes et… plurielles.  

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Mis à jour le 26 avril 2010 à 18:35

À Lomé, la place de l’Indépendance, aménagée pour les célébrations du 27 avril. © Jean-Claude Abalo pour J.A.

« Le 27 avril est le moment le plus indiqué pour affirmer notre volonté commune de vivre ensemble et de perpétuer notre unité nationale », a annoncé le président togolais Faure Gnassingbé dans son discours à la nation, le 31 décembre dernier. Mais le message semble avoir du mal à passer auprès de l’opposition qui boudera les cérémonies officielles du cinquantenaire de l’indépendance, mardi 27 avril, pour organiser ses propres commémorations.

« L’UFC [Union de forces de changement, principal parti d’opposition, NDLR] et le FRAC [Front républicain pour l’alternance et le changement] fêteront d’une façon populaire avec ceux qui savent le sens de cette indépendance », a déclaré le premier vice-président de l’UFC, Patrick Lawson.

« Les Togolais sont malheureux »

Pour les opposants togolais, la situation actuelle du pays ne se prête pas à de quelconques réjouissances. « En 1960, le Togo était en avance sur ses voisins. À l’inverse, aujourd’hui, nous sommes bons derniers. Et pourtant, nous avons le clinker, les phosphates, le Port autonome de Lomé, le seul port en eau profonde de la sous-région, le coton, le cacao, le café, et les Togolais sont plus pauvres et malheureux qu’à l’indépendance », a lancé Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre et candidat à la dernière présidentielle togolaise, lors d’un meeting de l’opposition.

Le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Faure Gnassingbé n’a rien prévu de trop ostensible pour marquer l’événement. À part les aménagements de la place de l’Indépendance, censée accueillir la plupart des cérémonies officielles, Lomé arbore son visage de tous les jours. Seule manifestation d’envergure, une montgolfière transportant « la flamme de l’indépendance » a sillonné les cinq régions économiques du pays, avant de revenir à Lomé la veille du cinquantenaire. Le jour J, une grande manifestation culturelle doit rassembler près de 2 000 jeunes à Lomé avec, à la nuit tombée, des feux d’artifices tirés depuis la montgolfière.

Eyadema ou Sylvanus Olympio ?

Ce climat délétère s’est installé au Togo suite aux résultats contestés de la présidentielle du 4 mars dernier, qui a vu la reconduction du président Faure Gnassingbé. Depuis, des milliers de militants de l’opposition manifestent chaque semaine dans la capitale pour revendiquer leur « victoire volée ». Et la répression des opposants rassemblés dans des « veillées de prières » interdites par le pouvoir, n’est pas pour faire retomber le climat de tension.

En outre, de nombreux Togolais n’acceptent pas que le nom de l’ancien président, Gnassingbé Eyadéma, père de l’actuel chef de l’État, soit associé aux commémorations. « Je comprendrais mieux si on mettait la photo de M. Sylvanus Olympio à côté de celle de Faure Gnassingbé pour représenter la période des années 1960- 2010 », note un jeune cadre de la fonction publique.

En réalité, les Togolais assistent à un rituel auquel se livrent les élites politiques du pays depuis quelques années : une célébration « à double vitesse » de la fête de l’indépendance. À l’ère Eyadema, la fête du 27 avril était éclipsée par celle du 13 janvier, date du coup d’État qui avait conduit à la chute et à l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du pays. Et, pour de nombreux Togolais, les célébrations de l’indépendance n’avaient alors plus vraiment de sens…