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Togo, sous la férule du timonier national

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Togo : un cinquantenaire bien maussade

C’est dans une ambiance à la fois terne et tendue que les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance se sont déroulées le 27 avril, à Lomé. Malgré les messages de réconciliation du président réélu Faure Gnassingbé et du leader de l’opposition Gilchrist Olympio, des violences ont éclaté entre forces de l’ordre et jeunes manifestants.

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Mis à jour le 28 avril 2010 à 13:35

Le flambeau de l’indépendance tenu par plus de 2 000 jeunes dans les rues de Lomé, 26 avril 2010. © Jean-Claude Abalo pour J.A.

Lomé, le 27 avril 2010. Les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance n’ont donné lieu à aucune effervescence au sein du peuple togolais. L’animation à laquelle on pouvait s’attendre ne s’est pas produite. « C’est juste pour faire plaisir à mes enfants que je suis sorti. Sinon, il n’y a pas matière à se réjouir », note un père de famille entouré de ses trois enfants. Des propos qui résument l’état d’esprit d’une grande partie de la population.

Les commémorations sont restées très classiques, dans la même veine que les années précédentes : défilé militaire et civil, cérémonies de décorations de près d’une centaine de personnes (pour services rendus à la nation)… Seule différence : une gigantesque animation culturelle animée par plus de 2 000 jeunes au stade de Kégué (périphérie nord de la capitale), sous la présidence du chef de l’État Faure Gnassingbé, et à laquelle ont pris part plus de 25 000 personnes.

En dépit d’une ambiance générale plutôt terne, sinon tendue, le président et leader du Rassemblement du peuple togolais (RPT), Faure Gnassingbé, a tenu à délivrer un message de réconciliation. Depuis l’indépendance, « les Togolais ont pris l’habitude de s’opposer, de s’invectiver, sinon de se haïr, a-t-il déclaré sans ambages dans son message à la nation, diffusé la veille des festivités. « L’heure du Pardon a sonné… Cette vertu est fondamentale, même si nous devons l’assortir, aux yeux des hommes, de la justice et de la réparation », a-t-il poursuivi.

Marches pacifiques et gaz lacrymogènes

De son côté, l’opposition a organisé une marche pacifique à travers les rues de Lomé, ainsi qu’une messe pour le repos de l’âme du père de l’indépendance togolaise, Sylvanus Olympio. « Nous avons aussi envoyé une délégation à Agouè (Bénin), pour un dépôt de gerbes sur sa tombe », a indiqué à jeuneafrique.com Éric Dupuy, secrétaire chargé à la communication de l’Union des forces de changement (UFC).

« La célébration du cinquantenaire de notre indépendance aurait du être cette année une fête pleine de joie et d’espoir pour toutes les filles et fils de ce pays, a déclaré le leader de l’UFC, Gilchrist Olympio, dans un message à ses militants. Mais même si notre réalité politique aura volé à cet événement toute sa dimension de joie et d’espérance, (…) mon souhait est de voir la classe politique dans son ensemble s’impliquer dans la résolution de cette crise qui retarde le développement et l’épanouissement de notre peuple », a-t-il conclu.

Malgré ce discours d’apaisement, qui répondait à celui de Faure Gnassingbé, la violence a réussi à s’inviter aux commémorations. La police ne s’est ainsi pas privée de disperser, à coups de gaz lacrymogènes, des militants de l’opposition qui revenaient d’un meeting de l’UFC. Par ailleurs, certains militants de l’UFC se sont heurtés au refus de la police de les laisser emprunter le boulevard circulaire de Lomé. Et plusieurs manifestants ont été passés à tabac par les forces de l’ordre avant d’être interpellés.