Politique

« Sea Breeze » : une bavure qui laisse des traces

Cela pourrait être le nom d’un cocktail du soir. « Sea Breeze » désigne en réalité l’opération de Tsahal contre la flottille humanitaire au large de Gaza, le 31 mai dernier. La presse israélienne a enquêté sur les raisons du drame. Voici ce qu’elle a trouvé.

Mis à jour le 4 juin 2010 à 15:00

Des Palestiniens jettent des fleurs dans le port de Gaza, mardi 1er juin, en hommage aux victimes. © AFP

Comment l’opération d’arraisonnement de la « flottille de la liberté », le 31 mai, a-t-elle pu tourner au bain de sang et se transformer en désastre politique pour l’État hébreu ? Le vendredi 4 juin, la plupart des quotidiens israéliens, très critiques à l’égard du gouvernement, reviennent avec force détails sur la préparation du raid de Tsahal dans les eaux internationales. Un raid qui a fait, au dernier bilan, neufs morts : huit Turcs et un Américain d’origine turque.

Le premier enseignement que l’on peut tirer, c’est que l’armée israélienne n’a pas été prise au dépourvu. C’est le moins qu’on puisse dire, puisque des préparatifs au plus haut niveau de l’opération – baptisée « Sea Breeze » (« Vent de mer ») – ont commencé dès le mois de février, révèle le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. L’amiral Eliezer Marom, chef de la marine de guerre, a monté deux cellules opérationnelles, l’une composée de militaires et l’autre comprenant des juristes, des représentants des Affaires étrangères et des agents du renseignement.

Entraînement spécial

Les premières démarches diplomatiques pour empêcher le départ du convoi maritime pour Gaza ayant échoué, Israël a contacté l’Égypte, qui a proposé de débarquer l’aide humanitaire dans le port d’El-Arish, pour la transférer ensuite à Gaza. Refus des organisateurs du convoi, qui souhaitaient évidemment forcer le blocus de Gaza. Seul Chypre a accepté de coopérer avec Israël, refusant à la flottille d’accoster dans ses ports.

Ce sont apparemment les services de renseignement israélien qui ont le plus démérité dans l’affaire. En vue de l’abordage, des informations ont été recueillies sur l’ONG islamiste turque IHH, qui a affrété le ferry Mavi Marmara, le plus grand des six navires de la flottille, où se sont produits les affrontements meurtriers. Mais la réaction des « humanitaires » turcs a été sous-estimée.

Les commandos de la marine ont subi un entraînement spécial pour intercepter le navire et ses occupants. Ils ont été équipés d’armes anti-émeutes, en plus de leurs armes individuelles. C’est le chef des commandos de marine qui a pris la décision d’aborder la flottille dans les eaux internationales afin de surprendre les militants pro-palestiniens avant la levée du jour, quitte à prendre le risque qu’Israël puisse être accusé d’« acte de piraterie », selon le Yediot Aharonot. Il aurait été couvert au moins par l’amiral Marom, qui aurait assisté lui-même à l’opération sur un bâtiment de guerre à proximité.

Menace de lynchage

Dès que les commandos israéliens ont été hélitreuillés sur le pont du Mavi Marmara, ils ont été assaillis à coups de barre de fer et de couteaux par des dizaines de militants, selon des témoignages des soldats et des vidéos saisies sur les passagers. Le quotidien Haaretz explique que des militants auraient réussi à capturer brièvement trois soldats israéliens et à s’emparer d’une ou plusieurs de leurs armes. Selon le Yediot Aharonot, des films pris par les occupants du bâteau et confisqués par l’armée montre que des militants pacifistes ont protégé des soldats menacés d’être lynchés.

Finalement, sous la pression de plusieurs pays dont les ressortissants avaient été arrêtés pendant l’opération, tous les passagers détenus ont été relâchés. Une décision prise par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, et le ministre de la Défense, Ehoud Barak. Mais l’armée, elle, espérait se servir des interrogatoires pour étayer la thèse d’une « provocation » délibérée des organisateurs de la flottille. Et tenter de couvrir ses évidentes turpitudes.

Voir le site du mouvement Free Gaza ici.