Politique

Les médias au secours du conflit israélo-palestinien

L’ONU a rassemblé, les 22 et 23 juillet à Lisbonne dans la capitale portugaise, des dizaines de journalistes du Proche-Orient, et au-delà, pour réfléchir à leur contribution au processus de paix.

Mis à jour le 28 juillet 2010 à 19:00

« Nous avons fait beaucoup d’efforts pour faire évoluer notre vocabulaire dans les médias ces dernières années », explique le Palestinien Azmi Abou Saoud, membre de la Fédération pour la Paix universelle. Avant d’ajouter : « Par exemple, les radios palestiniennes ne diffusent plus de chants patriotiques. » Côté israélien, la variété des opinions exprimées dans la presse a été saluée par les participants au colloque.

Malgré des initiatives d’apaisement, les médias sont encore largement prisonniers du conflit. Si tout le monde s’accorde sur le besoin des uns et des autres de mieux se connaître, les journalistes israéliens ne sont que très rarement autorisés à se rendre dans les territoires occupés. Quant à leurs collègues palestiniens, ils sont à la fois interdits en Israël et à Gaza s’ils vivent en Cisjordanie, ou l’inverse.

Le journalisme est aussi une activité commerciale, et Mark Bleich, éditorialiste au quotidien israélien Maariv, déplore que « la course aux gros titres déforme la réalité ». De son côté, Riyadh el Hassan, directeur de l’agence nationale palestinienne d’information WAFA explique que les efforts des organes de presse locaux semblent illusoires : 90 % des Palestiniens reconnaissent s’informer aussi par les médias internationaux, notamment arabes.

« À Gaza, pas besoin de télé »

D’autres intervenants enfoncent le clou : « Les médias ne sont plus contrôlés par les journalistes », estime l’universitaire portugais Antonio Granado. Lors de l’opération lancée à  Gaza fin 2008, l’armée israélienne a abreuvé YouTube de ses images – alors que les journalistes ont été interdis d’entrer à Gaza.

Les nouveaux médias offrent-ils des opportunités, interroge justement la deuxième table ronde ? « Les blogs favorisent une certaine paix entre les personnes, en parlant de football, de centres d’intérêt communs », s’enthousiasme Efi Triger, présentateur sur la chaîne de télévision israélienne Channel 10.

Mais des discussions émerge une impasse : l’occupation israélienne qui se poursuit en Palestine complique en elle-même la tâche des médias. L’égalité n’est pas possible, dans les moyens d’enquêter comme les budgets. Et surtout, les faits sur le terrain minent les efforts pour ne pas diaboliser l’autre. « À Gaza, pas besoin de télé : j’ouvre la fenêtre et scrute le ciel », raconte Ayed Abou Ramadan, entrepreneur gazaoui.

Rassemblés par l’ONU, ces acteurs des médias palestiniens et israéliens ont pu échanger leurs expériences quotidiennes. Mais quand on évoque leur rôle de facilitateur du processus de paix : « Où est le processus de paix ? » demande, désabusé, Aydar Aganin, directeur de la chaîne en langue arabe Russia Today.