Défense

Ces frictions qui minent la coalition anti-Aqmi

Des soldats de l'Amisom, sur une base près de l'océan, à Mogadiscio, le 24 novembre 2009.

Des soldats de l'Amisom, sur une base près de l'océan, à Mogadiscio, le 24 novembre 2009. © AFP

Alors que les actions d’Aqmi font régulièrement les gros titres des journaux, la coopération militaire entre les États de la sous-région peine à produire ses effets. Décryptage.

Depuis fin 2007, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) plaide pour la tenue d’une conférence sous-régionale de haut niveau sur la sécurité dans l’espace sahélo-saharien entre au moins quatre des États concernés : la Maurtinanie, le Mali, le Niger et l’Algérie. Mais pour l’instant, cette volonté de coopération n’a pas abouti, sur le terrain, à des opérations connues de ratissage en commun.

Défiance réciproque

Ce retard peut s’expliquer en partie par des récents changements de régime dans deux des quatre pays : renversement de Sidi Mohamed Ould Cheick Abdallahi et arrivée de Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott en août 2008, et coup d’État contre Mamadou Tandja, remplacé à Niamey par une junte en février 2010. Mais la principale raison du manque de coopération dans la lutte contre Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) réside surtout dans la défiance réciproque entre les pays concernés.

Alger affirme être favorable au renforcement de la coopération régionale avec ses voisins du sud, mais il leur reproche, surtout au Mali, une certaine complaisance à l’égard d’Aqmi. « Si nous nous interdisons d’admettre l’idée qu’il puisse y avoir une forme de complicité entre les gouvernements des États du Sahel et (…) Aqmi, nous pouvons par contre regretter la nonchalance qui caractérise la lutte antiterroriste dans cette contrée », écrivait récemment un éditorialiste du journal Al Watan (indépendant), exprimant une opinion largement répandue en Algérie.

A contrario, en Mauritanie, au Niger et au Mali, on soupçonne l’Algérie de vouloir monopoliser cette lutte. « Nous déplorons le fait que l’Algérie veuille faire cavalier seul pour régler un problème si épineux », affirme un responsable nigérien de la sécurité sous couvert d’anonymat. Le journaliste mauritanien Isselmou Ould Moustapha, spécialiste du jihadisme, souligne que les Algériens « ne sont pas parvenus en plus de 15 ans à se débarrasser des islamistes radicaux, il faut maintenant qu’ils comprennent qu’ils ont besoin de leurs voisins pour cela ». Enfin, l’animosité entre l’Algérie et le Maroc achève de faciliter la tâche aux émirs d’Aqmi dans la région – sans compter que l’absence de démocratie dans certains pays fournit des bataillons de jeunes recrues aux islamistes, mais c’est un autre problème…

Blocages sur le terrain

Conséquence : les djihadistes ont jusqu’à présent les coudées franches pour opérer dans les régions désertiques situées de part et d’autre des frontières entre les quatre pays. Et si Alger a créé en avril un poste de commandement (PC) régional à Tamanrasset (sud) pour coordonner les activités de son armée, associée à celles de Mauritanie, du Mali et du Niger, il est encore difficile de savoir précisément si toutes ces dernières y sont représentées et quelle est l’activité réelle de la nouvelle structure.

« La coordination est mise à mal par le manque de moyens, les pays tardent a faire fonctionner » ce PC, selon Mohamed Mahmoud Aboulmaaly, spécialiste mauritanien du terrorisme. Seuls quatre officiers de liaison désignés par Nouakchott sont en fonction depuis plus de deux mois, indique une source militaire mauritanienne, et le Niger y dispose « d’une force », affirme sans plus de précision une source sécuritaire à Niamey.

À cette situation déjà confuse, chaque pays ayant sa propre stratégie, s’ajoute une autre complication : la pression occidentale, les Français et surtout les Américains apportant une aide décisive en matière de formation et de renseignement sur l’activité d’Aqmi. Ainsi la Mauritanie, qui avec l’Algérie est le pays le plus visé par Aqmi, a lancé il y a une semaine contre la nébuleuse terroriste une offensive militaire au Mali, dont une opération conjointe avec des soldats français pour retrouver l’otage français, Michel Germaneau, qu’Aqmi a affirmé avoir exécuté le 24 juillet. Une action dont ATT n’avait apparemment été prévenu qu’au dernier moment. Manque de confiance envers une administration malienne aux accointances présumées avec certains groupes salafistes dans le trafic de drogue ? Crainte du veto de Bamako, qui ne jure que par la coopération de l’ensemble des États ? Ou les deux ?

Internationalisation problématique

Au ministère malien de la Défense, c’est en tout cas toujours le même son de cloche. Pour être efficace, « les armées nationales de tous les pays de la zone doivent former une seule armée, déterminer les objectifs, et aller sur le territoire de tous les pays, ensemble », indique-t-on clairement. Pour compléter cette approche, il est également nécessaire « d’impliquer aussi les populations locales et les notables », note M. Aboulmaaly, en particulier les Touaregs du Mali et du Niger, grands connaisseurs du terrain qu’ils sillonnent en permanence.

Bamako, dont les ressources sont faibles, redoute aussi la participation directe de puissances étrangères à la région qui pourrait affaiblir son autorité, alors même que certains religieux veulent créer un parti islamique au Mali, qui reste pourtant un État laïc. « Les pays occidentaux peuvent nous aider, mais ils ne doivent pas débarquer », affirme un responsable au ministère malien de la Défense. Qui ajoute : « La situation peut s’internationaliser très rapidement avec l’arrivée dans la sous-région de jihadistes venus d’un peu partout dans le monde. » Or c’est précisément le principal objectif d’Aqmi. (Avec AFP)

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