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Cet article est issu du dossier «À l'heure du ramadan»

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Droits de l’homme

Indonésie : Big Brother contre la pornographie

| Par Jeune Afrique
Depuis 1998, des milliers d'internet-cafés ont vu le jour en Indonésie, comme ici à Jakarta.

Depuis 1998, des milliers d'internet-cafés ont vu le jour en Indonésie, comme ici à Jakarta. © Reuters

Ramadan, sexe et terrorisme… Le mélange de ces ingrédients aussi étonnant que détonant a amené le gouvernement indonésien à censurer toute pornographie sur Internet. Pendant le mois de jeûne.

Ce n’est sans doute pas un hasard. Deux jours après avoir interpellé un imam radical soupçonné de projeter des attentats contre le président, Susilo Bambang Yudhoyono, les autorités de Jakarta sont montées une nouvelle fois au créneau pour interdire le porno pendant toute la durée du ramadan. Une mesure de rigueur qui vise également à témoigner de la fermeté morale du gouvernement, alors qu’un vaste scandale sexuel d’une ampleur inédite secoue l’Indonésie, le pays musulman le plus peuplé du monde.

Un célèbre chanteur de rock indonésien, Nazril Ariel, a en effet été interpellé par la police le 22 juin dans le cadre de l’enquête sur la publication de vidéos X sur Internet. Il est suspecté de s’y montrer en plein acte sexuel avec deux présentatrices de télévision. Une sulfureuse affaire qui incite désormais le gouvernement à durcir son contrôle sur Internet.

L’injonction gouvernementale avait été lancée une première fois en juillet. Et les nombreuses piqûres de rappel ont visiblement porté leurs fruits. Près de 200 fournisseurs d’accès Internet auraient déjà obtempéré à l’ordre de filtrer la Toile.

Du web à la télévision ?

« Leurs efforts sont extraordinaires », a commenté le ministre des communications Tifatul Sembiring, élu d’un parti islamique, lors d’une conférence de presse le 10 août, la veille du début du ramadan. « Ce n’est pas une tâche aisée car il y a quatre millions de sites pornographiques locaux et internationaux », a-t-il précisé, visiblement bien renseigné.

Le ministre n’a cependant pas été en mesure de chiffrer le nombre de sites fermés. Il a simplement indiqué qu’il espérait « que le trafic des sites pornos soit réduit de plus de 90% durant ce ramadan. »

Techniquement difficile à appliquer, la mesure provoque aussi des réactions très contrastées dans la société. Si les associations de culte approuvent massivement l’initiative, des associations civiques comme de nombreux Indonésiens, favorables à un islam modéré et tolérant, espèrent que les autorités n’iront pas trop loin dans le contrôle des images et des esprits.

Le président du Conseil des oulémas, la plus haute instance musulmane du pays, ne s’est pas privé, par exemple, de réclamer que la télévision soit également « débarrassée de la pornographie et des contenus immoraux » – au moins durant le ramadan…

Internet contre la corruption

« Oui à un blocage des sites hardcore, vulgaires et dégradants. Mais laissez les autres », a déclaré Ahmad Fadilah, un photographe de 35 ans. « De toutes façons, si les sites sont bloqués, il est toujours possible d’avoir accès au porno via les VCD ou DVD », dont le marché clandestin est apparamment en plein essor dans le pays.

Quoi qu’il en soit, le contrôle du contenu d’Internet s’annonce pour le moins difficile. Depuis l’érection de la démocratie, en 1998, les Indonésiens ont pris goût à la liberté d’expression, désormais bien ancrée. Selon une récente étude de la société Inside Network, l’indonésien est devenu la langue asiatique la plus utilisée au monde sur Facebook, qui compte plus de 20 millions d’abonnés, rien que dans l’archipel.

Les associations de défense des droits de l’homme savent utiliser le web pour se faire entendre. Plusieurs campagnes retentissantes impliquant des dizaines de milliers d’internautes ont ainsi été menées tambour battant. Elles ont notamment réussi à venir en aide à une mère de famille menacée de prison pour avoir critiqué un hôpital, ainsi qu’à deux responsables de la lutte anti-corruption injustement mis en cause.
 

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