Politique

L’opposition se déchire, le pouvoir se frotte les mains

Par - Jean-Claude Abalo, à Lomé
Mis à jour le 13 août 2010 à 10:25

L’Union des forces de changement (UFC), principal parti d’opposition togolais, est désormais coupé en deux. Après le congrès extraordinaire de Jean-Pierre Fabre, c’est au tour de Gilchrist Olympio d’organiser sa propre réunion des instances du parti qu’il dirige depuis sa création, en 1992.

Plébiscité par 34 délégations et fédérations de l’UFC sur 40 – c’est à dire autant que son rival Jean-Pierre Fabre lors de son congrès du 10 août –  l’opposant Gilchrist Olympio redresse le torse après une période de doutes. Malgré les zones de turbulences que traverse son parti, il sait désormais qu’il peut encore compter sur ses fidèles d’AGO, entendez « les Amis de Gilchrist Olympio ». Se sentant conforté, Olympio n’a pas hésité à radier de l’UFC pour indiscipline Jean-Pierre Fabre, Patrick Lawson, Isabelle Améganvi, et Eric Dupuy, respectivement Secrétaire général, 1er vice-président, 3e vice-présidente et chargé de communication.

« C’est au nom des pouvoirs qui nous sont conférés, et qui ne le sont qu’à nous seul par les fonctions de président national en exercice de l’UFC, et non des statuts fictifs et illégaux auxquels s’accrochent les fossoyeurs de notre parti bien aimé que je vous parle », a-t-il lancé avec verve dans son mot introductif aux congressistes. Parmi lesquels des représentants du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT).

Le soutien du pouvoir

L’air fatigué, la démarche difficile, mais arborant un sourire triomphant, Olympio est apparu vêtu de son éternel boubou jaune (couleur du parti) sous les ovations de ses supporters. Le leader a fait le tour des lieux sous le contrôle d’un dispositif sécuritaire impressionnant. Tous les accès menant à l’hôtel où se tenait le congrès avaient été bouclés par les forces de sécurité qui filtraient les passants.

Dans son exposé, M. Olympio a tenté d’expliquer les raisons de son rapprochement avec le RPT, lequel constitue, selon lui, une « paix des braves, dans l’intérêt supérieur de la nation ». L’accord lui vaut en tout cas sept postes ministériels au sein du nouveau gouvernement de Faure Gnassingbé.

Dans le camp adverse, celui de Jean-Pierre Fabre, on crie également victoire. Mais au lendemain de son « congrès de putschistes » (comme l’appellent les partisans d’Olympio), qui a porté, le 10 août, Fabre à la tête du parti, le ministère de l’Administration territoriale a refusé de réceptionner les documents issus de ces assises. Par conséquent de valider la nouvelle direction.

Problème d’héritage

Au final, ces nouvelles « togolaiseries » entre les deux leaders antagonistes de l’UFC ne règlent rien. Ceux-ci devraient se retrouver bientôt devant les tribunaux. Le problème de l’héritage va se poser, ainsi que celui du siège (qui va l’occuper ?), sans compter celui des députés. La frange du bureau national qui soutient Fabre à l’Assemblée sera-t-elle reconnue par le clan d’Olympio ? Mais ce n’est pas tout.

Car dans les coulisses du pouvoir, on murmure une probable interdiction des marches du Front républicain pour l’alternance et le changement (Frac, coalition autour de la candidature de Fabre à la dernière présidentielle), dans la mesure où aucun des quatre exclus (dont Fabre lui-même) ne sera plus habilité à parler au nom de l’UFC. Alors que c’est cela qui légitimait jusque-là leur appartenance légale au rassemblement..

La guerre est ouverte. Elle risque fort de s’éterniser et d’exacerber la crise interne du parti, avec la radicalisation des positions de chaque faction. Pendant ce temps, le RPT peut se frotter les mains.