Politique

Mission déminage à Kigali pour Ban Ki-moon

Le voyage éclair du secrétaire général de l’ONU au Rwanda, ce 8 septembre, n’a qu’un but : apaiser le courroux de Kigali, qui menace de retirer ses soldats des forces internationales de paix au Soudan. En cause : le rapport des Nations unies à paraître le 1er octobre, qui accuse l’armée rwandaise de « génocide » entre 1996 et 1998.

Mis à jour le 8 septembre 2010 à 10:15

Mise à jour le 8 septembre 2010 à 11h47

C’est une visite surprise, sans doute pour éviter tout début de polémique dans la presse. Arrivé mardi soir au Rwanda pour une durée de 24 heures, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon doit rencontrer le président rwandais Paul Kagamé et la ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo.

« Le secrétaire général a décidé de visiter Kigali pour parler directement au président rwandais et à d’autres officiels du gouvernement de l’inquiétude concernant le rapport sur la République démocratique du Congo préparé par le bureau du Haut Commissaire aux droits de l’homme », a expliqué le porte-parole de l’ONU.

Selon ce  rapport, rédigé par le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme et qui doit être publié le 1er octobre, « les attaques systématiques et généralisées – contre des Hutus réfugiés en RDC après le génocide de 1994 contre les Tutsis – révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide ».

Louise Mushikiwabo s’est dit « très heureuse de l’initiative de Ban Ki-moon mais a réitéré ses pressions sur l’organisation ». « Il ne fait pas le moindre doute que, si ce rapport était publié comme nous l’avons vu dans une version préliminaire, avec ses fausses accusations, et sans parler aux parties intéressées, le Rwanda retirera immédiatement ses troupes » des opérations de paix des Nations unies au Soudan, a-t-elle prévenu.

Crainte de représailles

Selon le projet de rapport, le nombre de victimes de ces exactions s’élèverait à « probablement plusieurs dizaines de milliers ». Après la prise de pouvoir en juillet 1994 de la guérilla du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagamé, qui a mis un terme au génocide perpétré contre la minorité tutsie, plus d’un million de Hutus s’étaient réfugiés chez le voisin congolais par crainte de représailles.

Kigali a très vivement réagi à la publication par la presse de ce rapport en menaçant de retirer ses 3 556 soldats mis à la disposition de l’ONU au Soudan, essentiellement dans la province du Darfour (Minuad et UNMIS).

« L’ONU ne peut pas gagner sur les deux tableaux […] On ne peut pas accuser notre armée de pourchasser des civils sur la base de leur ethnie […] et demander à cette même armée d’être une force morale et disciplinée pour protéger les civils dans le monde », a estimé la chef de la diplomatie rwandaise Louise Mushikiwabo. Quant à Paul Kagamé, il a dénoncé lors de son discours d’investitutre les « mensonges » dont son pays est l’objet, sans plus de précision.