Politique

Cet opportuniste Goodluck Jonathan

Arrivé au pouvoir à la faveur de la maladie de son prédécesseur, Goodluck Jonathan a finalement annoncé son souhait de rester aux commandes du pays le plus peuplé d’Afrique. Retour sur l’ascension de cet opportuniste.

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Mis à jour le 16 septembre 2010 à 10:24

Le président nigérian Goodluck Jonathan à Nice lors du sommet Afrique-France. © AFP

Entré en politique il y a seulement une dizaine d’année, Goodluck Jonathan est désormais en position d’être élu président du pays le plus peuplé d’Afrique. C’est que ce scientifique issu de la région pétrolifère du delta du Niger, a su saisir les nombreuses opportunités qui se présentaient à lui, au point que certains qualifient son ascension de « concours de circonstances ».

Né d’une famille modeste qui fabriquait des pirogues, Goodluck Jonathan a pu étudier jusqu’à obtenir un doctorat de zoologie.

Premier coup du destin

Après avoir enseigné puis travaillé pour la protection de l’environnement au sein d’une agence gouvernementale, il se lance en politique en 1998. Un an plus tard, le Nigeria revient à la démocratie et Goodluck Jonathan est gouverneur adjoint de Bayelsa, un État clé de la fédération car producteur de pétrole, sous les couleurs du Parti démocratique du peuple (PDP).
Il est réélu en 2004 avec le gouverneur Diepreye Alamieyeseigha mais – premier coup du destin – ce dernier est destitué en décembre 2005 après avoir été accusé de blanchiment d’argent. Goodluck Jonathan devient de facto gouverneur et dirige les affaires de Bayelsa jusqu’en 2007.

Cette année-là, le PDP, ultra-dominant sur la scène politique nigeriane, investit le musulman du Nord Umaru Yar’Adua pour la présidentielle d’avril. Mais il faut un représentant du Sud chrétien à la vice-présidence pour respecter le fragile équilibre géographique et religieux du pays.

Plusieurs barons du partis, plus expérimentés et connus que lui, tiennent la corde. Mais parmi les gouverneurs des États du delta du Niger, réputés très corrompus, Goodluck Jonathan fait figure de « M. propre », ce qui jouera en sa faveur. Il est choisi par le parti pour la vice-présidence. Le tandem remporte sans surprise le scrutin, largement entaché d’irrégularités.

À ce poste, l’homme, toujours coiffé d’un Stetson et généralement vêtu d’ensembles traditionnels de sa région, travaille sans coup d’éclats mais au moins parvient-il à rester en dehors des scandales financiers.

Certains le critiquent pour son manque de charisme et de poigne, mais c’est peut-être aussi ce qui lui permettra de prendre le pouvoir sans déclencher la fureur des barons du Nord.

"Monsieur Loyal"

Umaru Yar’Adua, qu’on savait déjà faible, est hospitalisé en novembre 2009 pour des problèmes cardiaques. Goodluck Jonathan ne se précipite pas et apparaît comme le « Monsieur Loyal » du pays.

Laissant au Parlement le soin de réclamer sa désignation comme président par intérim, il accède à ce poste en février 2010 et en profite pour verrouiller sa position. Lors de son premier Conseil des ministres en février en tant que président par interim, il remanie le cabinet et mute le ministre de la Justice qui s’était opposé au remplacement de Yar’Adua.

Avec le décès de ce dernier, en mai 2010, il devient enfin seul maître à bord. Il déclare que l’approvisionnement régulier du pays en électricité, la sécurité dans le delta du Niger et des élections libres et honnêtes sont ses priorités pour le reste de son mandat.

Pressé de se présenter à la présidentielle, qui doit de tenir début 2011, par ses amis du Sud, Goodluck Jonathan vient d’annoncer sa candidature à la présidentielle, sur sa page Facebook après un long suspens.

Reste à savoir quelle sera la réaction des musulmans du Nord, dont certains estiment s’être fait voler leur tour à la tête du pays par cet opportuniste Jonathan. (avec AFP)