Politique

Les urnes brûlent à Conakry

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Un bâtiment abritant du matériel électoral est en feu, le 16 septembre 2010 à Conakry.

Un bâtiment abritant du matériel électoral est en feu, le 16 septembre 2010 à Conakry. © AFP

Un incendie accidentel s’est déclaré hier dans un entrepôt militaire de Conakry abritant une grande partie du matériel électoral pour le second tour de la présidentielle guinéenne, qui en est déjà à son deuxième report. Heureusement, le pire a été évité.

Cela fait partie de ces incidents qui peuvent mettre le feu à un pays. L’incendie qui s’est déclaré hier après-midi à Conakry, dans un bâtiment du camp militaire Almany Samory Touré, aurait pu rapidement susciter des foyers de tension dans toute la Guinée. Et pour cause, ledit bâtiment abritait une partie des 5,5 millions de bulletins de vote, des 12 000 urnes et des isoloirs prévus pour le second tour de la présidentielle.

Selon des membres de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), l’incendie serait d’origine accidentelle. Un membre du département logistique de la Ceni, Ali Badara Kakoro, a assuré qu’il n’y avait « pas de pertes » et que cet incident n’aurait « aucune incidence pour le second tour ». Selon lui le feu, qui n’a pas fait de blessé, était dû à « un court-circuit ». Des investigations sont en cours.

Si l’incendie s’était étendu en emportant le matériel électoral, nul ne sait quand aurait pu se tenir le scrutin, déjà repoussé pour la deuxième fois, mardi dernier, à une date indéterminée alors qu’il était prévu pour le 19 septembre. Personne ne sait non plus quelle aurait été la réaction des militants au sein des deux partis politiques des finalistes – le Rassemblement pour la Guinée (RPG) d’Alpha Condé et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo – alors que la campagne a été marquée par des violences meurtrières.

Alpha Condé n’a « pas besoin de médiateur »

L’incident est d’autant plus dangereux, en effet, qu’il se déroule en plein contexte de crise aggravée. Le général Sékouba Konaté a déploré que son pays aille « vers l’impasse » et a appelé le médiateur burkinabè Blaise Compaoré pour qu’il intervienne. Jeudi, l’entourage de ce dernier a indiqué qu’il était prêt à rencontrer les candidats, mais qu’aucun rendez-vous n’était fixé pour l’instant.

En fait, il pourrait ne pas y avoir de rencontre du tout, car la requête de Konaté a été aussitôt rejetée par Alpha Condé. « Nous n’avons pas besoin de médiateur », a-t-il déclaré au cours d’une interview accordée à l’AFP et RFI, au siège de campagne de son parti, hier. « C’est un problème technique », a-t-il ajouté. « Il y a des dysfonctionnements à régler et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) doit prendre ses responsabilités et nous dire “voila le temps qu’il faut” pour organiser un second tour transparent. »


La plupart des urnes et des isoloirs n’ont pas été détruits par l’incendie.
© AFP

Le monde entier au chevet de la Guinée

Le report est en effet en partie motivé par l’attente de quelque 465 000 nouvelles cartes d’électeurs numérisées venant d’Afrique du Sud, et qui devront être distribuées dans les régions. De son côté, Cellou Dalein Diallo s’est déclaré « déçu » du report du scrutin, souhaitant que « cette élection se tienne courant septembre ». Une opinion partagée par l’ONU, l’UA, l’OIF et la France.

Dans un communiqué, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a invité l’administration de transition à annoncer rapidement une nouvelle date pour le vote et a appelé le peuple guinéen « à se garder de tout acte de violence ». La France a elle renouvelé sa demande d’une campagne dénuée d’« incitation à la haine et à la violence », tandis que le président de la Commission de l’UA, Jean Ping, « suit avec préoccupation la tension croissante en Guinée » et « tient à la tenue rapide du second tour ».

Enfin, le sécrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, a lui appelé les « parties prenantes guinéennes à un redoublement d’efforts pour mener à son terme le processus électoral dans les plus brefs délais » avec « des élections libres, fiables et transparentes ». (avec AFP)

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