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Pour 50 F CFA de trop

Loin des scandales financiers à répétition relayés par la presse, la hausse de 50 F CFA du prix du pain est un sujet de discorde entre le Sénégalais moyen et son boulanger.

Mis à jour le 23 septembre 2010 à 17:47

20 milliards de F CFA dans l’affaire Sudatel. 15 milliards à propos de Global Voice. Encore 15 milliards au sujet des terrains que la mairie de Dakar a décidé d’acheter, provoquant l’ire d’Abdoulaye Wade. Les scandales financiers – parfois montés en épingle – font les choux gras de la presse sénégalaise. Chaque matin, des sommes astronomiques occupent les « unes » des quotidiens, et les Sénégalais se demandent bien ce qu’elles pourraient représenter en termes d’années de travail.

Ces derniers temps, des problèmes plus palpables se posent aux Dakarois. Comme la hausse du prix du pain décidée (de manière unilatérale) par les boulangers de la capitale, le 16 septembre. De 150 F la baguette de 210 grammes, on est passé, à 200 F pour une miche de 240 grammes. Une hausse de 25 % sur l’un des produits de base du consommateur sénégalais. L’État, les associations et les consommateurs ont immédiatement réagi. Le premier a envoyé des patrouilles pour faire respecter le prix réglementaire, les deuxièmes ont appelé au dialogue et les troisièmes ont menacé de boycotter les boulangeries.

Les boulangers ont pourtant des arguments. En quelques jours, envolée du prix du blé sur les cours mondiaux oblige, le sac de farine (50 kg) est passé de 14 600 F CFA à 20 600 F CFA. Cette hausse, les meuniers la réclamaient depuis longtemps, mais ils avaient accepté, à la demande du gouvernement, de la reporter à l’après ramadan. Rien n’avait été décidé, en revanche, du côté des boulangers.

« Obligés de manger léger »

« Si on continue avec ce même prix, on ne s’y retrouvera pas », assurent-ils aujourd’hui. Pourquoi ne pas avoir augmenté de 10 ou 20 F CFA le prix du pain ? « Problèmes de monnaies », rétorquent-ils – d’où leur proposition d’augmenter de 50 F CFA mais aussi de faire un pain plus lourd de 30 grammes.

Seulement voilà : pour la grande majorité des Sénégalais, 50 F, c’est beaucoup trop. Symboliquement d’abord, « c’est dur de passer à 200 F », indique Momar Ndao, le président de l’Association des consommateurs du Sénégal – il faut dire que le pain est à 150 F depuis des années. Mais c’est surtout au niveau du porte-monnaie que c’est ingérable. « Une hausse de 50 F par jour et par pain pour une famille, cela peut vite faire 7 500 F en plus à la fin du mois. C’est énorme ! »

Et le défenseur des consommateurs de procéder à un bref historique : « Avant, les Sénégalais avaient trois repas par jour, dont un petit déjeuner avec du pain, du chocolat et un café au lait. Puis ils ont enlevé le lait… Puis le chocolat… Aujourd’hui, il ne reste plus que le pain – et dans certains cas, on ne prend plus de petit déjeuner. »

« Les Sénégalais sont obligés de manger léger », constate Momar Ndao, qui craint une explosion sociale si la situation ne s’arrange pas. Dans le même temps, on leur impose des scandales aux ardoises ultra-caloriques. Difficiles à digérer.