Justice

Massacres du 28 septembre : un an après, où en est l’enquête ?

Des parents des victimes tentent d'accéder aux corps, exposés à la mosquée le 2/10/2009. © AFP

Un an après le massacre de dizaines d'opposants au stade de Conakry, le 28 septembre 2009, l'enquête nationale piétine et le sentiment dominant est celui de l'impunité des responsables présumés du drame. Les organisations de défense des droits de l’homme comptent sur le futur président pour accélérer la justice et menacent de recourir à la Cour pénale internationale.

Aujourd’hui, Conakry se souvient. Il y a très exactement un an, au moins 157 personnes étaient massacrées dans le stade de la capitale guinéenne et ses alentours. Une manifestation pacifique contre la junte au pouvoir dirigée par Moussa Dadis Camara avait alors été réprimée dans le sang. Et dans la plus complète impunité. Du moins pour l’instant.

Un an après le drame, les principaux responsables et exécutants n’ont toujours pas été arrêtés ni jugés. Les victimes rescapées  – on dénombre plus d’un millier de blessés ainsi que des dizaines de femmes violées –  mais aussi les familles des manifestants tués ou disparus réclament justice et en appellent désormais à la Cour pénale internationale (CPI).

Des responsables dans le gouvernement

Hier, 27 septembre, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH) ont publié un rapport d’enquête commun pour marquer la date anniversaire des massacres.

Le rapport ne se prive pas non plus d’épingler le système judicaire guinéen hérité des années Sékou Touré.Surtout, les deux organisations soulignent que certains des principaux responsables présumés des violences sont des membres actifs du gouvernement et du pouvoir militaire en place.

Pourtant, en avril dernier, le chef de la transition, le général Sékouba Konaté, avait promis qu’il « ne protégerait personne », avant de nommer trois juges d’instruction pour mener une enquête nationale sur les massacres du 28 septembre. Encore cette attitude répondait-elle visiblement à une certaine pression de la CPI et de la communauté internationale. Car depuis, seuls deux militaires de second rang ont été arrêtés, note le rapport. « Les donneurs d’ordre et les plus hautes autorités militaires et politiques de l’époque demeurent bien loin de la ligne de mire de la justice guinéenne », constate la FIDH.

Parties civiles déterminées

La Commission d’enquête internationale nommée par l’ONU – qui avait qualifié les violences de « crimes contre l’humanité » – avait été plus loin en concluant à la « responsabilité pénale individuelle » de Dadis Camara, incriminé dans les événements pour sa « responsabilité de commandement ». Les neveux de ce-dernier, Siba Théodore Kourouma et Marcel Kuvugi, sont également mis en cause par des témoins.

Devant l’inertie de la justice guinéenne, la FIDH et l’OGDH ont finalement regroupé plusieurs ONG ainsi que des dizaines de victimes pour se constituer parties civiles dans la procédure nationale en cours. A terme, si leur mobilisation ne fait pas progresser les choses, elles entendent bien porter l’affaire directement devant la CPI.

Pourquoi une telle lenteur ? Première explication : la difficile démocratisation guinéenne renforce l’impunité qui règne à Conakry. Or, ce jour anniversaire des massacres du 28 septembre survient d’ailleurs sur fond de crise politique en Guinée. Le second tour de l’élection présidentielle a été reporté après des incidents entre les partisans des deux candidats, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, et la date du scrutin n’est toujours pas connue. Les organisations de défense des droits de l’homme appellent le prochain président à tout faire pour solder les comptes de la Guinée avec son passé sanglant. Et demandent qu’on n’oublie surtout pas les victimes au « prétexte fallacieux de la réconciliation nationale ». Réconciliation ne devant pas rimer avec oubli.

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Consulter le rapport ici.

 

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