Politique

Prix Unesco – Obiang Nguema : Malabo dénonce un « deux poids, deux mesures »

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Teodoro Obiang Nguema Mbasogo à la tribune de l'ONU, en septembre 2009.

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo à la tribune de l'ONU, en septembre 2009. © REUTERS

La Guinée équatoriale, soutenue par les pays d’Afrique et du Moyen-Orient, se veut inflexible sur le maintien du prix Unesco – Obiang Nguema Mbasogo, que les Occidentaux veulent supprimer. Le blocage pourrait conduire à un vote au résultat incertain.

Face à l’offensive des pays occidentaux, des ONG de défense des droits de l’homme, de lutte contre la corruption et certains intellectuels africains (dont Desmond Tutu et Wole Soyinka), Malabo ne compte pas renoncer au prix Unesco – Obiang Nguema. Adoptée par le Conseil exécutif de l’organisation en 2008, cette distinction est destinée à récompenser la recherche « améliorant la qualité de vie des êtres humains ».

C’est le message qu’ont martelé mercredi l’ambassadeur équato-guinéen à Paris, Frederico Edjo Ovono Eyang, et le conseiller du président pour les organisations internationales, Agapito Mba Mokuy, lui-même fonctionnaire de l’Unesco ayant pris un congé sans solde. Il a été dépêché dans la capitale française pour suivre le dossier.

Le 8 octobre, les États-Unis ont pris la tête de la contestation en posant à l’ordre du jour de la 185e session du Conseil exécutif de l’organisation, qui se tient jusqu’au 21 octobre, une proposition visant à annuler le prix. Le moment du débat tombe plutôt mal pour la Guinée équatoriale, qui fêtait mardi le 42e anniversaire de son indépendance.

La directrice générale contestée

Dans cette polémique qui prend désormais une allure de bataille diplomatique, les délégués africains et moyen-orientaux se sont unis pour défendre la Guinée équatoriale. Un contentieux existe déjà entre ces derniers et la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, qui avait demandé et obtenu un délai en juin 2010, avant la remise du prix.

De plus, Irina Bokova avait été élue à son poste l’année dernière dans une atmosphère de controverse face à l’Égyptien Farouk Hosni – soutenu par les Africains et Moyen-Orientaux -, qui avait été écarté après avoir fait l’objet d’accusations d’antisémitisme.

Malabo veut cependant à tout prix éviter que la polémique ne se résume à une confrontation avec les Occidentaux en général, et Washington en particulier.

Agapito Mba Mokuy s’est donc clairement placé sur le terrain juridique pour défendre la position équato-guinéenne. « Il n’y a pas de raison que le prix soit annulé. Il a été adopté normalement par le Conseil exécutif, c’est maintenant une question de respect des règles de l’organisation », assure le conseiller du président Obiang Nguema qui dénonce un « deux poids de mesures ».

Mais l’argument préféré des Africains dans cette affaire est qu’il existe un prix Unesco-L’Oréal, alors même que la principale actionnaire de la société de cosmétique, Liliane Bettencourt, a été contrainte de régulariser sa situation avec le Trésor français, après des révélations sur une fraude fiscale présumée.

Le vote pour sortir de l’impasse

L’établissement d’un consensus, méthode habituellement privilégiée à l’Unesco dans la prise de décision, paraît assez compromise tant les positions sont tranchées.

Comment sortir de l’impasse ? Interrogé par jeuneafrique.com, Agapito Mba Mokuy esquisse une solution : « Si des critères en matière de droits de l’homme ou de corruption, et auxquels nous ne répondrions pas, étaient appliqués à tous les autres prix, nous serions prêts à retirer le nôtre. »

Mais cette voie semble impraticable. Un rapport préconisant l’instauration de tels critères doit bien être présenté par la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova. Mais d’après l’un de ses proches collaborateurs, lesdits critères ne pourront pas s’appliquer rétroactivement à la trentaine de prix déjà adoptés.

On pourrait donc s’acheminer vers un vote. Ce qui, à l’Unesco, a valeur de confrontation. « Si tout le monde vote, le prix devrait être annulé », commente un bon connaisseur du fonctionnement de l’organisation. La majorité est en effet fixée à 29 voix, alors que l’Afrique et le Moyen-Orient n’en cumulent que 20. « Mais s’il y a des abstentions, voire quelques ralliements chez les Sud-Américains, les Africains pourraient très bien gagner. »

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