Sécurité

Julien Paluku : « Rien ne justifie la présence de soldats rwandais au Nord-Kivu »

Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, veut davantage de Casques bleus dans sa province. © provincenordkivu.org

Gouverneur du Nord-Kivu (est de la RDC), Julien Paluku revient pour jeuneafrique.com sur la situation dans la province qu'il administre depuis 2007. Interview.

Jeuneafrique.com : Quelle est la situation sécuritaire au Nord-Kivu ?

Julien Paluku : Par rapport à 2008, la situation est plutôt bonne. Mais il y a des rumeurs qui circulent au sujet du mécontentement des anciens du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Il n’y a cependant pas d’indices de reprise des hostilités. Avant leur intégration les hommes du CNDP étaient déjà divisés entre les proches de Laurent Nkunda et ceux de Bosco Ntaganda.

Sur le terrain, même sous l’uniforme des Forces armées de la RDC (FARDC), la fissure persiste. Il y a des problèmes avec ceux qui sont dans la ligne Nkunda, c’est le cas du major Patient qui a fait défection récemment [le major Patient Akilimani, commandant du 3e bataillon de la 122e brigade d’infanterie FARDC, a déserté avec vingt-deux de ses éléments dans la nuit du mardi 26 octobre à Alimbongo, à 55 kilomètres au sud de Lubero-Centre, NDLR].

Dans ce contexte, est-ce que la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco) assure la principale de ses missions : protéger les civils ?

Elle a fait un énorme travail ici. Nous avons connu des périodes de graves tensions et la Monuc a sauvé la situation. Mais il ne faut pas oublier que notre province est aussi grande que le Rwanda et le Burundi réunis. Il est impossible aux Casques bleus, surtout avec les problèmes d’infrastructures routières, d’être présents partout. Les rebelles donnent du fil à retordre à la Monusco malgré toute sa bonne volonté. Je l’ai déjà dit : je suis favorable à une augmentation des effectifs de la Monusco ici dans le Nord-Kivu.

Il y a aussi un autre obstacle majeur, c’est la langue. Même s’il y a des traducteurs, les messages passent mal. Pour améliorer les contacts avec la population, il faudrait au moins des bataillons francophones. Même si nos paysans ne parlent pas tous le français, ce serait déjà mieux.

On a également parlé de trafics de minerais auxquels les Indiens, notamment, se livreraient.

Si cela est vrai, ce ne sont que des cas isolés. Ce ne sont pas des trafics organisés au niveau des bataillons mais par quelques individus qui ont leurs faiblesses. Il y a des enquêtes à chaque fois que l’on entend des rumeurs de ce genre. Et les responsables sont sanctionnés.

On a attribué les deux dernières attaques contre des bases de la Monusco, celle de Rwindi récemment et celle de Kirumba, en août, à une affaire liée à des trafics entre Casques bleus et miliciens Maï-Maï. Avez-vous des informations plus précises ?

Il y a eu des rumeurs dans ce sens, oui.  Mais aucune enquête pour le moment n’a pu le prouver.

Des témoignages font état de la présence de soldats rwandais au Nord-Kivu. Êtes-vous au courant ?

J’ai toujours été clair sur ce point. Ils sont venus à notre invitation en 2008. Mais aujourd’hui je ne vois pas ce qui justifierait leur présence ici. Les combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FLDR, rebelles hutus d’origine rwandaise) ont été chassés du Rutshuru et du Masisi, ils sont en train d’être chassés du Walikale. Rien ne justifie la présence de soldats rwandais ici.

Comment interprétez-vous la demande, par le président Kabila, d’un retrait de la Monusco ?

Il ne faut pas mal interpréter cette demande. Le président est favorable à un retrait progressif et planifié de la Monusco. Il ne s’agit pas de se retirer maintenant des zones de fortes tensions comme le Nord-Kivu. Non ce serait plutôt un retrait des forces dans l’Ouest, là où la paix est assurée, pour redéployer des forces ici par exemple.
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Lire aussi « Dans le bourbier de l’Est », Jeune Afrique n° 2600, en kiosque du 7 au 13 novembre.

 

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