Droits de l’homme

Les meurtriers présumés de Floribert Chebeya jugés à Kinshasa

Un cortège de militants de l'opposition accompagne le corps de Floribert Chebeya le 26 juin. © AFP

La justice militaire de République démocratique du Congo va juger huit policiers dans l’affaire du meurtre de Floribert Chebeya, un militant des droits de l’homme retrouvé mort en juin dernier.

La vérité va-t-elle enfin éclater, au sujet de la mort du militant congolais des droits de l’homme Floribert Chebeya, survenue le 2 juin ? Huit policiers soupçonnés d’être impliqués dans ce meurtre vont être jugés à partir de vendredi 12 novembre devant une cour militaire, à Kinshasa.

Ils comparaissent pour « enlèvement et assassinat, association de malfaiteurs et terrorisme ». Parmi eux figure le chef des services spéciaux en République démocratique du Congo (RDC), le colonel Daniel Mukalay, arrêté peu après les faits. Seuls cinq d’entre eux seront présents au tribunal, deux majors et un adjudant étant « en fuite ». Ils seront jugés par défaut et sont également accusés de « désertion ».

Mauvais traitements

Floribert Chebeya a été retrouvé mort en juin dernier, à l’âge de 47 ans. Il était le fondateur et le président de l’ONG la Voix des sans voix (VSV). Il a été retrouvé dans sa voiture, les mains liées dans le dos et en partie dévêtu. Des préservatifs et des mèches de cheveux féminins se trouvaient dans le véhicule, ce que différentes ONG ont dénoncé comme « un grossier montage ».

Selon le rapport de l’autopsie réalisée le 11 juin par des experts légistes néerlandais, Floribert Chebeya a succombé à un arrêt cardiaque après avoir subi des mauvais traitements. Les causes certaines du décès n’ont pas été déterminées, mais les experts ont évoqué la possibilité d’un « garrottage serré, la mise en place de liens, des coups, des heurts ». Ces violences n’ont toutefois « pas joué un rôle significatif » dans la mort du militant, ont précisé les experts.

La veille de la découverte du corps, Chebeya avait un rendez-vous avec le chef de la police, le général John Numbi Banza Tambo. Ce rendez-vous n’a jamais eu lieu. John Numbi a été suspendu le 5 juin « à titre conservatoire ». Le chauffeur du militant, Fidèle Bazana, est porté disparu.

Par ailleurs, quelques jours après l’assassinat, le colonel Daniel Mukalay serait passé aux aveux, selon une source proche de la présidence. Il aurait expliqué n’avoir été qu’un simple exécutant » et aurait « mis en cause » John Numbi.

Le général Numbi, « suspect numéro un »

Après la mort de ce militant des droits de l’homme reconnu, des voix se sont élevées en RDC comme à l’étranger pour dénoncer ce meurtre. La Voix des sans voix en particulier a réclamé l’arrestation du général Numbi, « suspect numéro un » à ses yeux.

L’ONG a accusé la justice congolaise de chercher à étouffer l’affaire, après le renvoi du dossier devant une cour militaire. En effet, celle-ci ne juge que ceux dont le grade est inférieur ou égal à celui de colonel, ce qui exclut d’emblée la comparution du chef de la police, puisqu’il est général.

La Voix des sans voix dit disposer d’informations sur l’affaire prouvant l’ingérence de « personnalités politiques et financières de haut rang  [intervenues] en faveur du général Numbi » pour lui éviter des poursuites.

Plus de trente avocats, parmi lesquels trois Français (le président d’Avocats sans frontières-France notamment) représenteront les parties civiles, c’est-à-dire les familles de Floribert Chebeya et de Fidèle Bazana, selon Me Joseph Mukendi, coordonnateur du collectif d’avocats chargé de l’affaire. « Nous allons chercher la vérité, aller jusqu’au bout pour poursuivre les commanditaires et les exécutants », a-t-il déclaré. (avec AFP)

 

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