Culture

Jamel Mokni : « Je défends le droit de la femme à avoir une relation sexuelle avant le mariage »

Jamel Mokni, réalisateur de "Hymen National - Malaise dans l'islam". © Capture d'écran

Avec « Hymen National – Malaise dans l’islam », le réalisateur Jamel Mokni signe un documentaire engagé. Il dénonce la souffrance de certaines femmes musulmanes qui ont perdu leur virginité avant le mariage. Entretien.

Il lui en a fallu du temps pour briser le tabou de la virginité. Deux ans de prise de contact, de mise en confiance et de tournage – du Nord au Sud de la Tunisie. Mais pour le fougueux Jamel Mokni, l’objectif est atteint : Hymen National – Malaise dans l’islam donne la parole à des femmes et des hommes qui défendent ou dénoncent le sacre de l’hymen.

Le documentaire du réalisateur belge d’origine tunisienne fait du bruit. Surtout depuis la projection-débat organisée le 27 octobre à Tunis, en marge des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) lors desquelles il n’a pas été programmé. Le film continue sa vie et pourrait encore faire parler de lui. Une diffusion serait prévue en décembre aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles, Belgique) et, prochainement, sur TV5 Monde.


Affiche du film avant la projection-débat à Tunis, le 27 octobre.
© D.R.

Jeuneafrique.com : Quel est le message de votre film ?

Jamel Mokni : Qu’une fille qui a perdu sa virginité ne doit pas avoir honte parce que c’est un acte normal, ordinaire. Pourtant, quand une fille a perdu sa virginité, elle a tout perdu : on la traite de pute, et tout le monde veut coucher avec elle ! J’ai fait le film pour dénoncer l’omerta, le black-out, le silence. Pour changer la mentalité, le regard des gens. D’autant qu’en Tunisie la moyenne d’âge du mariage des filles est d’environ 28 ans. Alors de leur puberté, vers 14 ans, à 28 ans, qu’est-ce qu’elles vont faire ? Le problème se pose réellement car une fille en bonne santé va avoir des envies, et donc des relations sexuelles.

Vous donnez la parole aux partisans et aux opposants de la virginité mais vous avez clairement un parti pris…

Pour moi, un documentaire doit avoir un point de vue documenté. Je connais très bien le sujet, j’ai rencontré pratiquement tout le monde mais, oui, j’ai mon point de vue, clair et net. On voit la souffrance de ces filles… Ce film est un film de droits de l’homme. Je défends les droits de la femme à avoir une relation sexuelle avant le mariage.

Il y a une hypocrisie sociale sur la virginité…

Les hommes veulent avoir des relations avec les filles qui ont perdu leur virginité, mais après ils veulent se marier avec des filles vierges ! Mais si le vrai problème est dans la tête des hommes, il l’est aussi dans la tête des femmes : elles ont intériorisé qu’une fille doit être vierge le jour du mariage. Du coup, elles essaient de transmettre cette idée à leurs filles et à leurs garçons.

Votre film a été bien reçu lors de la projection-débat, mais vous avez des détracteurs. Que vous reprochent-ils ?

Comme la production a été financée par la Belgique, quelques conservateurs pensent que le film est une tentative des pays occidentaux de nuire à la réputation de la Tunisie ou de régler leurs comptes avec le pays à travers ses ressortissants. Mais ce n’est pas vrai !

Votre film est dédié à Tahar Haddad. Qui est-il ?

En 1930, ce syndicaliste tunisien très actif a écrit le livre Notre femme dans la charia et la société. Il explique d’une façon très scientifique qu’il est contre la polygamie, la répudiation… et tout ce que Bourguiba [l’ancien président tunisien Habib] a dénoncé par la suite. Tahar Haddad a été empêché de terminer ses études de droit, il a dû s’exiler. Et il est mort à 36 ans d’une crise cardiaque, suite à une tuberculose. À son enterrement, il n’y avait que cinq personnes parce qu’il représentait la honte : “Il a défendu la femme ? Comment ça se faisait qu’il la défende ?” À l’époque, c’était inadmissible.

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