Politique

Goodluck Jonathan à l’épreuve du test social préélectoral

Le président nigérian Goodluck Jonathan fait face à une situation sociale tendue qui a des allures de test. L’issue de cette crise influera certainement sur sa candidature à la présidentielle de 2011.

Mis à jour le 12 novembre 2010 à 15:13

Le président Goodluck Jonathan, le 14 mai, à Port Harcourt dans le sud du Nigeria. © AFP

Après les manifestations bien suivies du 10 novembre sur l’ensemble du territoire, les principaux syndicats ont finalement décidé de suspendre provisoirement la grève nationale. Même si elle a été déclenchée pour trois jours  et en dépit des efforts du président Goodluck Jonathan pour l’empêcher.

Les grévistes se sont résolus à attendre les résultats de la réunion du Conseil d’État, le 21 novembre, qui devrait entériner la promesse d’augmentation salariale du gouvernement fédéral. Il s’est engagé à porter à 18 000 nairas (88 euros) le salaire minimum qui a stagné à 7 500 nairas (36 euros) depuis dix ans, malgré une inflation toujours en hausse (12,4 % en 2009).

À en croire nombre d’observateurs, la partie ne fait que commencer. On voit mal comment le Conseil d’État, composé entre autres de tous les anciens présidents de la République fédérale et des 36 gouverneurs d’État, pourrait autoriser le paiement de ces nouveaux salaires. Que certains gouverneurs, notamment ceux du Sud-Est, affirment ne pas être en mesure de financer. Fruits d’une précédente négociation entre le gouvernement fédéral, le Nigerian Labour Congress (NLC, centrale ouvrière) et le Trade Union Congress (TUC, cadres), ces revalorisations de salaires auraient dû être effectives depuis le 1er juillet dernier.

Les dangers de la paralysie du pays

Pour le journaliste indépendant Daouda Aliou, en poste à Lagos, un piège s’est refermé sur le président Goodluck Jonatahn, à quelques mois de l’élection présidentielle. « Si contre toute attente le Conseil d’État devait approuver le déblocage des fonds, il faudrait s’attendre à des licenciements dans le secteur public, ce que le président ne peut prendre le risque d’annoncer. Si en revanche le gouvernement ne passe pas rapidement aux actes, les leaders syndicaux ne manqueront pas de paralyser le pays. Dans les deux cas, il y a danger. »

Les ennuis qui se profilent ne sont pas pour déplaire à ses adversaires du Nord. Les primaires au sein du Parti démocratique du peuple (PDP), qui doivent se dérouler dans les prochaines semaines en vue de la présidentielle prévue début 2011, opposeront entres autres Goodluck Jonathan, chrétien originaire du Sud, et l’ancien général Ibrahim Babangida un musulman du Nord-Nigeria.

Un affrontement politique de taille en perspective puisqu’en raison d’une règle non écrite d’alternance tous les huit ans, le candidat du PDP doit à nouveau être un musulman du Nord, le défunt président Umaru Yar’Adua n’ayant pas pu achever son mandat de quatre ans (2007-2010).