Immigration

Sihem Souid : « On m’a suspendue après ma plainte contre Jeannette Bougrab »

Sihem Souid, le 5 octobre 2010, à Paris. © AFP

Sihem Souid a été suspendue de ses fonctions pour quatre mois. Officiellement, l’auteure d’ “Omerta dans la police” est sanctionnée pour “atteinte au devoir de réserve”. Mais elle estime que la décision est réellement motivée par sa plainte visant Jeannette Bougrab, aujourd’hui secrétaire d’État. Entretien.

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour Sihem Souid. La semaine dernière, l’auteure d’Omerta dans la police apprend sur un plateau de télévision que la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) a rejeté son dossier dénonçant les agissements de certains collègues. Un rejet qu’elle anticipait déjà mi-octobre dans un entretien accordé à jeuneafrique.com, où elle soulignait que Jeannette Bougrab, alors présidente de la Halde, était « un soldat de monsieur Sarkozy ».

Autre coup de massue : le 1er décembre, de retour de congés, la policière d’origine tunisienne doit signer un arrêté préfectoral la suspendant pour atteinte au devoir de réserve. La sanction de quatre mois est selon elle la conséquence de sa plainte contre Jeannette Bougrab, aujourd’hui secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative.

Jeuneafrique.com : Votre plainte contre X vise entre autres Jeannette Bougrab. Pourquoi ?

Sihem Souid : Madame Bougrab a donné des informations confidentielles [à la journaliste Élisabeth Lévy] alors que je n’étais moi-même pas au courant de la décision de la Halde. On sait que la fuite vient d’elle. J’ai deux attestations de journalistes qui se mouillent pour moi en expliquant que madame Bougrab donnait des informations confidentielles sur son travail et sur son poste à des journalistes. Par contre, elle, on ne la sanctionne pas ! On l’a promue à un poste de secrétaire d’État. Monsieur Sarkozy sait qui choisir : des personnes qui vont faire avancer ses intérêts politiques, qui taperont sur leurs semblables. Parce que quand on est d’origine maghrébine ou issue de l’immigration, c’est plus facile de taper sur une autre personne issue de l’immigration…

Comment réagissez-vous à votre suspension ?

Ma suspension n’est pas anodine. On m’a suspendue pour atteinte au devoir de réserve parce que j’ai parlé dans les médias. Ça fait deux mois que je parle dans les médias. Pourquoi se réveiller après la plainte visant Jeannette Bougrab ? C’est au moment même où j’ai commencé à parler dans les médias qu’il fallait agir. J’ai déposé plainte contre madame Bougrab le 23 novembre. Ma suspension a été demandée par une lettre du préfet de police de Paris datée du 26 novembre.

Regrettez-vous d’avoir écrit le livre ?

Même si je reçois des coups, les gens ne sont pas sourds. Sur Facebook, un comité de soutien « Omerta dans la police » a été créé, il compte 500 membres. En Bretagne, un autre comité de soutien a été créé. Mon éditeur Le cherche midi, le Mrap [Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, NDLR] et des élus, comme monsieur Montebourg, monsieur Braouezec ou madame Hidalgo, me soutiennent. Je reçois des centaines et des centaines de lettres au Cherche-Midi et chez mes avocates. Des gendarmes, des policiers en fonction, des commissaires de police me disent être témoins de la même chose, que je suis courageuse, qu’il faut que je me batte. Certains qui ont été discriminés m’envoient même leur dossier. Je vais m’en servir pour ma défense parce que ça prouve que ce que je dis ne se produit pas qu’à la PAF [Police aux frontières, NDLR] d’Orly, et qu’il y a un malaise dans la police. Et ce n’est pas les gens qui le dénoncent qu’il faut sanctionner.

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