Politique

Laurent Gbagbo : « Je comprends mieux pourquoi il y a autant de crises en Afrique »

Laurent Gbagbo est investi président au risque d'une nouvelle crise en Côte d'Ivoire. © AFP

Lors de sa prestation de serment, samedi 4 décembre, le président sortant Laurent Gbagbo a tenu un discours émaillé de nombreuses références indirectes à la communauté internationale et à son rival Alassane Ouattara. Celui-ci, arrivé premier à l'élection présidentielle avec 54,1% des voix selon les résultats provisoires de la CEI, a vu sa victoire invalidée par le Conseil constitutionnel mais il est reconnu par l'ONU, l'UE, la Cedeao et les États-Unis, entre autres.

Laurent Gbagbo a été officiellement investi par ses proches comme le nouveau président de la république ivoirienne dans la salle des pas perdus du palais présidentiel d’Abidjan, qu’il occupe depuis 2000. Sa victoire à l’élection présidentielle du 28 novembre dernier a été proclamée vendredi par le président de la Cour constitutionnelle, Paul Yao N’Dré, membre fondateur du Front populaire ivoirien (FPI, au pouvoir), après l’annulation de quelque 600 000 votes (environ 13% des suffrages exprimés) pour « fraudes ». Selon la plus haute cour de justice du pays, il aurait ainsi gagné avec 51,45% des voix.

Mais le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Youssouf Bakayoko, avait annoncé un résultat différent jeudi, malgré les pressions parfois physiques que le camp présidentiel exerçait sur lui. Ce résultat d’abord provisoire, puis certifié par l’Onuci selon les accords de Ouagadougou de 2007 (signés, entre autres, par Laurent Gbagbo) et reconnu par la communauté internationale (ONU, UE, États-Unis…) ainsi que par le Premier ministre Guillaume Soro, donnait le candidat du Rassemblement des houphouétistes pour la paix (RHDP), l’opposant Alassane Dramane Ouattara (ADO), vainqueur du scrutin avec 54,1% des voix contre 45,9% pour Laurent Gbagbo.

Vendredi soir, sa victoire étant certifiée par l’ONU, ADO s’est déclaré « président élu » de Côte d’Ivoire. Le pays connaît donc deux présidents et deux légitimités, une situation qui pourrait déboucher sur un nouvel épisode d’instabilité, de guerre et de partition entre un Sud pro-Gbagbo et un Nord pro-Ouattara. D’autant que Laurent Gbagbo n’est pas prêt à céder un pouce de terrain après son putsch institutionnel – qu’il nie évidemment avec la dernière vigueur.

« La fin d’un marathon »

Lors de son discours consécutif à sa prestation de serment, le président sortant a prononcé pas moins d’une trentaine de fois le mot « souveraineté », se présentant comme le seul représentant légitime des institutions et de la légalité républicaine. « Nous sommes à la fin d’un marathon qui ne s’est pas achevé par la symphonie que nous attendions, a-t-il commencé. Ce qui prouve qu’il y a encore du travail à faire et nous allons continuer de le faire ».

Se justifiant pour l’invalidation par la Cour constitutionnelle des résultats de la CEI, une institution dont il avait lui-même demandé et obtenu la création, Gbagbo a déclaré qu’il devait « réfléchir à une commission plus juste car elle a été bloquée par des débats politiciens. (…) Il nous faut corriger cela. Nous allons demander peut-être au Ghana ou à l’Afrique du Sud [des exemples de démocratie sur le continent, NDLR] comment ils ont constitué leur commission électorale », a-t-il expliqué, tout en rappelant que la CEI « ne proclame pas les résultats, ce n’est pas une juridiction ».

Napoléon comme exemple

Son discours, prononcé sans notes, a été l’occasion de parler de l‘autre président de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, sans dire une seule fois son nom. « Ces derniers jours, j’ai noté de graves cas d’ingérence. Je souhaite que les uns et les autres se ressaisissent. (…) Nous n’appelons pas quelqu’un de l’extérieur pour gérer notre pays », a-t-il indiqué. « Dans l’histoire, il existe des cas fameux de rupture avec le Vatican pour des raisons de souveraineté », a poursuivi l’ancien professeur d’histoire en prenant les exemples de l’église anglicane et, de manière aussi surprenante qu’appropriée, de l’empereur français Napoléon « qui s’est ceint lui-même de la couronne pour éviter qu’un autre souverain – le pape – ne le fasse pour lui ».

« Pour que notre souveraineté ne soit pas piétinée, ne faisons pas appel à quelqu’un de l’extérieur », a expliqué Gbagbo. Avant de préciser, en faisant clairement référence à son rival Ouattara : « J’appelle les Ivoiriens à se ressaisir et à ne pas compter sur autrui pour venir les faire rois ».

Le candidat de La majorité présidentielle (LMP) a également souhaité prendre un peu de hauteur, et tirer quelques leçons « philosophiques » du processus électoral. « Aujourd’hui, je comprends mieux qu’avant pourquoi il y a autant de crises en Afrique, a-t-il dit. Avant je les étudiais comme intellectuel, maintenant je les touche, je les vis. Les crises viennent du fait que les gens (…) n’aiment pas vivre dans la loi et les procédures qui en découlent ». On est rassuré : la grande sagesse des chefs ne connaît pas de limites.

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