Politique

La Cedeao suspend Abidjan, la Russie tergiverse à l’ONU

Sous la présidence du Nigérian Goodluck Jonathan, la Cedeao suspend la Côte d'ivoire. © AFP

Un sommet extraordinaire de la Cedeao a suspendu de ses instances la Côte d'Ivoire, tout en reconnaissant sans détour Alassane Dramane Ouattara (ADO) comme président élu du pays. Mais cette volonté des chefs d'État africains de la région d'inciter Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir n'a pas suffi à convaincre la Russie d'arrêter de bloquer une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU défavorable au président sortant.

Comme vendredi dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à faire l’unanimité sur une résolution condamnant la position de Laurent Gbagbo, qui se maintient au pouvoir grâce à un coup de force institutionnel. En cause : l’attitude de la Russie, qui aurait des intérêts pétroliers en Côte d’ivoire (on parle d’une implantation de la société Lukoil).

« Nous continuerons demain de discuter sur les contours d’une possible réponse », a indiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, qui assure la présidence du Conseil de sécurité pour le mois de décembre. « La plupart des délégations sont impatientes de parler d’une seule voix » mais « d’autres ne sont pas encore prêtes pour le faire », a-t-elle dit. Faisant évidemment référence à Moscou qu’elle avait accusé un peu plus tôt dans la journée de « pinailler à propos de résolutions qu’elle [la Russie, NDLR] a elle-même votées ». Car pour Rice, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-jin Choi, a agi dans le droit fil du mandat qui lui a été donné par le Conseil de sécurité en reconnaissant la victoire de Alassane Dramane Ouattara (54,1 %) face au président sortant Laurent Gbagbo (45,9 %).

« Soutenir le peuple de Côte d’Ivoire »

« Il est temps de parler et de parler clairement dans le cadre d’un effort international unifié pour soutenir le peuple de Côte d’Ivoire », a encore affirmé l’ambassadrice américaine. « Il appartient au président sortant Gbagbo de reconnaître pacifiquement et de façon responsable le résultat et de s’incliner. » « Un seul candidat a remporté l’élection, avec une nette avance », a indiqué Choi par vidéoconférence depuis Abuja (Nigeria). « M. Ouattara est le gagnant du scrutin présidentiel », a-t-il martelé, précisant avoir certifié les résultats annoncés par la Commission électorale indépendante (CEI), qui ont eux-mêmes été invalidés par le Conseil constitutionnel (mais pas à l’unanimité), acquis à la cause du président sortant.

Pour la Russie en revanche, selon des diplomates, les quinze membres (dont cinq permanents) du Conseil de sécurité outrepasseraient leur mandat en déclarant Alassane Ouattara vainqueur de l’élection présidentielle. Les consultations au siège des Nations unies à New York l’après-midi ont pourtant eu lieu « à la lumière du communiqué » de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui a tenu mardi à Abuja un sommet extraordinaire des chefs d’États et de gouvernement sur la crise ivoirienne.

Communiqué ferme de la Cedeao

Étaient présents le président en exercice de l’organisation et du Nigeria, Goodluck Jonathan, d’autres chefs d’États comme Blaise Compaoré (Burkina Faso), John Atta Mills (Ghana), Ellen Johnson-Sirleaf (Liberia), Amadou Toumani Touré (Mali), Faure Gnassingbé (Togo), Abdoulaye Wade (Sénégal), ainsi que Youn-jin Choi et Mahamao Ouedraogo, le représentant de Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine (UA), et divers ministres et ambassadeurs de la sous-région.

« À partir d’aujourd’hui, nous suspendons la Côte d’Ivoire de toutes nos activités », a déclaré Goodluck Jonathan. Dans son communiqué final, le sommet s’est montré très ferme. Celui-ci « invite M. Laurent Gbagbo à respecter les résultats de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire tels que certifiés par l’Onuci (mission de l’Onu en Côte d’Ivoire) et à rendre sans délai le pouvoir, dans l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire ». « Nous croyons que le résultat publié par la Commission électorale […] est le bon. [Alassane] Ouattara est celui que nous reconnaissons comme le président de Côte d’Ivoire », conclut le communiqué.

Pour le président de l’UA, ADO « est le vainqueur de l’élection »

Enfin, dernière réaction en date suite au coup de force de Laurent Gbabo, le président en exercice de l’UA, le chef de l’État du Malawi Bingu wa Mutharika, a estimé mercredi matin dans un communiqué que Alassane Ouattara « est le vainqueur de l’élection. Le président Gbagbo devrait respecter la volonté du peuple exprimée par les urnes et de ce fait, doit se retirer pour éviter un autre bain de sang en Afrique ».

« Il est grand temps que les leaders africains respectent la volonté du peuple exprimée par les urnes », a-t-il poursuivi, tout en se disant « attristé » que Laurent Gbagbo ait prêté serment durant les efforts de médiation de l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, envoyé par l’UA dimanche et lundi en Côte d’Ivoire. Une attitude qui « a accru la crise constitutionnelle », a-t-il souligné. (Avec AFP)

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