Société

Décès de Tawhida Ben Cheikh, la cause féministe orpheline d’une grande dame

Mis à jour le 10 décembre 2010 à 17:45

Figure incontournable du féminisme arabo-musulman et tunisien, Tawhida Ben Cheikh est morte le 6 décembre après une vie de militantisme sans répit.

Première femme gynécologue arabe, Tawhida Ben Cheikh soutenait l’émancipation des femmes en se battant pour leur droit à la santé. Cette pionnière s’est éteinte le 6 décembre à près de 101 ans. Il était difficile d’imaginer que cette douce et digne centenaire, à la mémoire fragile, avait eu une vie hors du commun.

En 1929, première tunisienne à obtenir le baccalauréat, elle entame, avec le soutien de sa mère, de brillantes études de médecine, à Paris, et force le respect de ses pairs. À l’époque, ce parcours est déjà exceptionnel. De retour à Tunis, en 1936, ne pouvant exercer dans le secteur public en vertu des lois coloniales, elle s’affirme et ouvre un cabinet, au 42 rue Bab Ménara, à Tunis, pour dispenser des soins spécifiques aux femmes.

En parallèle, elle s’engage dans la lutte féministe et participe, dès 1937, à l’action du Club de la jeune fille tunisienne et de l’Union des femmes musulmanes. À l’indépendance du pays, elle dirige les services gynécologiques et obstétriques de l’hôpital Charles Nicolle et Aziza Othmana et participe à la création de l’école des sages-femmes.

Alors qu’en Occident, la cause des femmes n’était pas encore d’actualité, Tawhida Ben Cheikh, au début des années 60, fonde le premier service hospitalier du planning familial ainsi que la première clinique spécialisée dans le contrôle des naissances. Elle est de tous les combats humanitaires et apporte son soutien aux plus démunis au sein du Croissant rouge tunisien. Sans jamais être ostentatoire, la démarche de cette femme d’action a inscrit les tunisiennes dans la modernité et leur a transmis le flambeau de la dignité.