Défense

Totalement isolé, Laurent Gbagbo entrouvre la porte au dialogue

| Par Jeune Afrique
Après avoir refusé le verdict des urnes, Laurent Gbabo veut "discuter".

Après avoir refusé le verdict des urnes, Laurent Gbabo veut "discuter". © Rebecca Blackwell / AP/ Sipa

Comme souvent par le passé, Laurent Gbagbo se dit prêt à s’asseoir et à discuter pour résoudre la crise politique et institutionnelle qui agite la Côte d’Ivoire. Mais qui peut croire désormais qu’il n’essaie pas simplement de gagner du temps ?

Suite à la condamnation unanime par la communauté internationale (ONU, UA, UE, Cedeao, Francophonie, Etats-Unis…) du coup de force institutionnel de Laurent Gbagbo, et en raison de son isolement diplomatique croissant,Laurent Gbagbo a choisi de donner un peu de lest. Trois pas en arrière, un pas en avant ?

Jeudi, lors d’une réception au palais présidentiel avec des représentants de la communauté atchan (région d’Abidjan), il a exhorté au dialogue. « Asseyons-nous et discutons », a-t-il dit, selon des propos rapportés vendredi par la presse ivoirienne. « Il n’y aura pas de guerre en Côte d’Ivoire », a-t-il encore affirmé, pour essayer de rassurer les Ivoiriens, qui craignent pour la plupart un nouveau conflit fratricide. Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), quelque 2 000 d’entre eux ont d’ailleurs déjà fui depuis le second tour de la présidentielle, le 28 novembre. En majorité des femmes et des enfants, ces réfugiés sont issus de villages de l’ouest ivoirien. Ils ont pris la route pour le nord-ouest du Liberia, mais aussi la Guinée.

Lutte pour le pouvoir

Pour l’instant rien ne permet de dire que la proposition du président sortant sera prise au sérieux. Considéré comme un spécialiste en dilatoire, Gbagbo aura fait attendre pendant cinq ans la Côte d’ivoire pour un scrutin présidentiel dont il a ensuite balayé d’un geste les résultats qui ne lui étaient pas favorables.

En adoucissant la voix, Gbagbo cherche sans-doute à savonner la planche au camp Ouattara, engagé dans une âpre lutte pour le contrôle de l’appareil d’État, de l’administration et, donc, des finances publiques. Un objectif d’autant plus difficile à atteindre que le temps joue contre le vainqueur de l’élection présidentielle, la normalisation en cours à Abidjan (même si la plupart des fonctionnaires ne sont pas au travail) risquant d’aboutir à son isolement définitif dans l’enceinte de l’hôtel du Golf où il a installé son QG, sous la garde des Casques bleus et d’éléments FN.

Ce n’est en outre pas un hasard si l’ouverture – toute relative – de Gbagbo soit consécutive aux revers qu’il a subis hier : suspension de la Côte d’Ivoire par l’Union africaine, menace de « sanctions ciblées » par les Etats-Unis, menace du patronat ivoirien de ne plus payer d’impôts jusqu’à ce que la crise institutionnelle soit réglée et appel solennel lancé par le gouvernement de Guillaume Soro exhortant l’armée à reconnaître l’ex-opposant Ouattara comme son « chef suprême » et à « assurer sa mission républicaine ». Le Premier ministre a aussi demandé aux fonctionnaires de le rejoindre et d’ « arrêter immédiatement toute collaboration » avec les hommes de Laurent Gbagbo.

Le Nigeria avec la communauté internationale

Enfin, le Nigeria qui exerce la présidence tournante de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), prend de plus en plus fermement position pour Alassane Ouattara. À l’issue d’un entretien avec son homologue américaine Hillary Clinton, vendredi, le ministre nigérian des Affaires étrangères, Henry Odein Ajumogobia, a indiqué que les pays membres de la Cedeao étaient prêts à renforcer leur pression sur Laurent Gbagbo. « Nous appuierons et la Cedeao appuiera (…) tout régime de sanctions prescrit par la communauté internationale, les Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine », a-t-il dit.

Le problème pour le président du Front populaire ivoirien (FPI) est de proposer quelque chose de substantiel à négocier, alors que chacun sait que son objectif est de rester au pouvoir et qu’aux yeux du monde et de la majorité des Ivoiriens, il a simplement perdu des élections avec moins de 46% des suffrages. Le 26 octobre 2000, ne déclarait-il pas : « Les grands pays développés sont développés parce que, chez eux, ils organisent des élections et ils les perdent » ? En l’occurence, Laurent Gbagbo serait bien avisé de s’inspirer… de lui-même.

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