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Diplomatie

WikiLeaks : la leçon de realpolitik de la diplomatie américaine

Le grand déballage des mémos américains continue sur la Toile.

Le grand déballage des mémos américains continue sur la Toile. © AFP

Sénégal, Burkina, Côte d’Ivoire, Mali, Nigeria… Les télégrammes diplomatiques américains divulgués par le site WikiLeaks mettent en cause plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et leurs leaders politiques, épinglés sur des thèmes divers. Petit tour d’horizon.

Lutte contre le terrorisme

Ce n’est pas un scoop : Washington s’est employé pendant plusieurs années à collecter auprès de ses ambassades des données relatives aux modes opératoires d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Mais les conclusions que les Américains tirent de leur expérience de lutte contre-terroriste en Afrique de l’Ouest sont autrement plus intéressantes, comme l’a révélé le site WikiLeaks. Pour les États-Unis, le mouvement djihadiste « se développe jusqu’au nord du Burkina Faso et recrute au Sénégal ». Le Mali, quant à lui, fait l’objet de toutes les interrogations.

On apprend qu’après l’avoir considéré comme le bon élève de la sous-région, la chancellerie américaine a fini par déchanter. Les mémos diplomatiques présentant « l’armée malienne comme une armée d’amateurs, sous-équipée et bien incapable de lutter efficacement contre les salafistes ». Toujours selon ces notes, l’ambassadeur français suggère carrément que « …les grands bailleurs de fonds internationaux menacent [Bamako] de couper leur aide » pour l’inciter à « être plus sérieux ».

Les câbles diplomatiques font également état d’un renforcement de la coopération entre Washington et Paris, les Français ayant consenti d’énormes sacrifices, notamment le partage des renseignements. Mais toutes les parties impliquées dans la lutte contre Aqmi, dont la Grande-Bretagne, ont également en commun le souci de la discrétion : « Il est vital, souligne une note américaine, que le contre-terrorisme présente un visage local. »

Démocratie et bonne gouvernance

« La lutte contre le terrorisme ne peut pas remettre en cause nos priorités en faveur de la bonne gouvernance et de la démocratie en Afrique » : c’est la mise en garde d’une diplomate américaine dans un autre mémo à la chancellerie. Elle fait ainsi allusion à la faible protestation des Occidentaux face aux manœuvres constitutionnelles du président nigérien Mamadou Tandja – leur allié dans la lutte anti-Aqmi – pour se maintenir au pouvoir.

La situation en Guinée intéresse aussi au plus haut point les diplomates américains. Ils évoquent la manière dont la France et les États-Unis ont écarté Moussa Dadis Camara. Un chef d’État devenu très encombrant, victime d’une tentative d’assassinat en décembre 2009 et évacué au Maroc pour des soins. « L’absence de Dadis a ouvert une fenêtre d’opportunité pour faciliter une transition démocratique », note la diplomatie américaine.

La Côte d’Ivoire revient régulièrement dans les câbles de WikiLeaks, notamment pour souligner la complexité de ses relations avec la France. Laurent Gbagbo qui « adore parler » aurait confié aux Américains être intervenu auprès de Jacques Chirac pour faire nommer Dominique de Villepin Premier ministre.

Lutte contre la corruption

La corruption au sein du pouvoir figure également parmi les thèmes évoqués par les mémos américains concernant l’Afrique de l’Ouest. Au Nigeria, par exemple, en février 2009, les entretiens entre Robin Renée Sanders, l’ambassadeur américain en poste à Abuja, et différentes personnalités, révèlent l’ampleur du fléau. Il en va notamment ainsi de l’attribution des autorisations de départ des pétroliers, selon un mémo du diplomate : « Les acheteurs de brut doivent payer de gros pots-de-vin, se montant à des millions de dollars, au directeur général de la NNPC […], au conseiller économique en chef Yakubu ou à la première dame Turai Yar’Adua, pour pouvoir faire partir leurs pétroliers. »

La puissance du groupe pétrolier Shell dans le pays et les manœuvres du géant pharmaceutique Pfizer, leurs tentatives de faire pression ou d’infiltrer le gouvernement sont également montrées du doigt.

Au Sénégal le président Wade, considéré comme « un bon partenaire, ouvert aux intérêts des États-Unis », et son entourage sont nommément cités. Les diplomates se demandant comment soutenir les Sénégalais qui « ont perdu espoir face à un chômage de masse », sans pour autant favoriser « Wade et son entourage, immergés dans des scandales financiers » ?

Présence chinoise sur le continent

Comme sur l’ensemble du continent, la présence chinoise en Afrique de l’Ouest interpelle les diplomates américains, qui la considèrent comme une menace pour leurs intérêts. Ils tentent donc d’y voir plus clair, en particulier lorsque planent des soupçons de corruption. Ainsi, les ambitions de la Chine au Nigeria préoccupent les diplomates américains. Lesquels sont effarés, par exemple, qu’en 2004, Pékin « [ait] promis d’y financer le percement de près de 600 puits », contre 50 pour les États-Unis seulement.

Mais le mémo ne mentionne pas les preuves de corruption auxquelles on pourrait s’attendre. Il insiste sur « la contrefaçon chinoise » qui « submerge » le pays et concurrence les produits américains. L’auteur du câble relève avec dépit que lors d’une réception à l’ambassade de Chine, un ministre nigérian a affirmé que l’Empire du Milieu était le « plus important partenaire de l’Afrique ».

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